A.S: Pour répondre à un commentaire de 3amcha (ici) que je remercie au passage et qui m’alertait sur l’apparente contradiction entre le fait que j’exécrais la “société de l’ambition” dans un précédent article « la société de l’ambition » et le titre du blog: Aien Aristeuein qui veut dire “Exceller toujours”; je me suis dit que voilà enfin une bonne occasion pour lever les doutes et bien présenter les choses.
Je compte par avance sur votre indulgence si cette explication vous semble confuse, pédante et byzantine!
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Aien Aristeuein: expression en grec ancien qui veut dire : Exceller toujours et que j’avais découvert par hasard dans un livre de Hannah Arendt: » la condition de l’homme moderne« . Elle tirée de l’Illiade d’Homère.
J’utilise « Aien Aristeuein » dans un sens similaire à celui de l’Illiade: un hymne à l’Excellence mais dans un autre contexte que celui dans lequel elle a été utilisée à l’origine. Je l’utilise également parce qu’elle est en relation avec le prénom du héros grec « Achille« .
Rappel étymologique:
C’est l’injonction que le père d’Achille adressait à son fils quand il était enfant:
«A son fils Achille, le vieux Pélée recommandait de toujours exceller (aien aristeuein) et de surpasser tous les autres». Le mot renvoie à un emploi du verbe grec aristeuein, ou de l’adjectif superlatif qui lui est lié : »aristos ».
On rencontre dans le texte de l’Illiade des dizaines et des dizaines d’emplois de ce verbe aristeuein et de l’adjectif aristos (en grec, aristos sert de superlatif à l’adjectif agathos, qui veut dire bon). Ce sont des mots de même racine que le substantif abstrait arétè, qui désigne la vertu par laquelle on excelle, une disposition d’excellence.
Aien Aristeuein
Que nous l’appelions excellence, perfectionnement, individuation, éveil, connaissance de soi, ou encore vertu importe peu; tout ceux-là ne sont que des mots et les mots sont trompeurs. Pour moi, il s’agit d’enclencher un processus de compréhension: comprendre qui je suis, ce que je suis et mon rapport au monde dans lequel j’évolue.
Cette compréhension implique de désapprendre ce que la société a bien voulu nous apprendre et toutes les strates de préjugés, de certitudes, d’archétypes trompeurs, d’égrégores collectives et toutes sortes d’artifices intellectuels commodes qui se sont accumulés dans nos esprits (très souvent à notre insu), comprendre que toutes les dualités qui se sont présentés à nous, de prime abord, commes des contraires ne sont que des aspects d’autres réalités plus larges, qui, une fois comprises, font disparaitre les premières contradictions et en créent d’autres, comprendre où et pourquoi nous nous sommes fourvoyés lorsque nous étions portés par notre désir d’exister, nos ambitions (légitimes) alors que n’avons pas encore rien compris et que nous nous étions illusionnées d’avoir tout compris, comprendre les pièges du langage et des mots que nous utilisons pour nous décrire, analyser et comprendre, comprendre les attaches qui lient l’individu à son milieu, à son passé, à sa communauté (Personne ne nait sur une planète de l’étoile Sirius, seul, et commence ce processus de compréhension), comprendre nos états d’âmes, nos peurs, nos sentiments et nos ressentiments; et comprendre enfin que toute compréhension est relative, qu’elle est sans fin, qu’elle n’aboutit à rien, qu’elle n’est pas un exercice intellectuel qu’on « s’efforce » de faire (parce que intellectualiser aussi peut mener sur de fausses pistes).
Cette compréhension n’est pas un processus linéaire qu’on commence un jour et qu’on s’efforce d’entretenir dans le temps. Ce n’est ni une ascèse, ni une bohème. Elle se vit au quotidien, ici même, dans ce monde-ci et avec ou plutôt contre toutes ses vicissitudes!!
Pourquoi je suis sensible au mot perfectionnement plus que les autres? Parce qu’il me permet d’inscrire –schématiquement–ce processus dans un sens, une direction qui va du (moins) vers le (plus), même si je sais pertinemment que ces mots: sens/moins/plus ne veulent rien dire dans ce contexte. Les questions qu’on pourrait me poser : Meilleur selon quels critères? meilleur que quoi? que qui? etc sont légitimes mais elles faussent la réponse. Car si on pose des critères, des buts, des étalons, des standards, c’est qu’on estime avoir compris, c’est qu’on estime connaitre la route, c’est qu’on a jugé avant de comprendre; or « la vérité est un pays sans chemin » comme le dit Krishnamurti, célèbre penseur indien dont les enseignements à cet égard sont très intéressants. Les mots présupposent des références; or le but de notre exercice est se détacher des références (sociales, éducatives, religieuses,…) et malgré ça trouver en soi une authenticité originelle, une singularité irréductible.
Voilà une image qui permet de mieux visualiser ce que je veux dire: Le perfectionmment est une sculpture. Chaque homme est lui-même l’artisan, la matière et l’oeuvre!
Le but de tout homme est de devenir une statue, tel un appolon d’airain sur son socle de marbre. L’homme vrai se sculpte lui-meme; à chaque coup, il s’améliore, s’affine, se corrige, pour s’elever au dessus de la tumulte; pour échapper à la médiocrité, pour échapper à sa propre médiocrité. Les coups sont durs, ça peut faire mal, c’est sa chair qu’il déchire et son esprit qu’il torture. Le soir, lorsque l’oeuvre est presque finie, l’artisan peut être fier de sa réalisation; d’une pierre brute difforme disgracieuse modelée par les airs et les eaux, il a pu créer une oeuvre harmonieuse.
Mais celui qui se sculpte est seul, il doit rester seul pour pouvoir travailler sur lui même, il doit résister à la tentation, à la facilité, au quotidien, à la pression. L’homme qui se sculpte a besoin de calme, de temps, de lenteur; parce que ses gestes doivent etre mesurés, la beauté de l’oeuvre en dépend. Les aurtres veulent rester des pierres difformes qui roulent en inertie ou qui sont portés par un courant plus fort qu’eux; lui veut devenir meilleur il se sculpte, accepte de se lester du superlfu, taille l’exces, peaufine, polit. Il n’y a plus d’inertie, il ne se laisse pas aller, résiste au courant parce qu’il est sur son socle.
Et ainsi, chaque homme est une oeuvre, et chaque oeuvre est un exemplaire unique.
On naît seul sans qu’on nous l’ai demandé, on meurt seul sans qu’on nous l’ait demandé. Entretemps, on ne vit pas seul. Le but est de résoudre l’équation qui relie ces deux solitudes et comprendre que pendant l’espace de temps qu’on appelle vie (ou l’espace de vie qu’on appelle temps, c’est pareil!), on n’est plus seul mais que l’on ne doit pas forcément, pour cette raison, perdre de vue ce qui fait de chacun un exemplaire unique.
Malheureusement, depuis des siècles et des siècles, tout a été travesti: Le sens commun (celui de la réalité de notre vécu quotidien, celui des systèmes religieux et économiques par exemple) a tout inversé: Il nous dit: « Tu n’es pas un exemplaire unique. Tu n’étais pas seul avant (d’où la création) et tu ne seras seul après (d’où le paradis ou l’enfer). Entretemps, tu dois vivre seul (malgré que nous vivons tous ensemble, mais nous vivons chacun de son côté, nous vivons tous étrangers l’un à l’autre), c’est pourquoi tu dois garantir ta survie: travailler, lutter, gagner (et peut être même voler, tuer, etc…).
De là, s’est construite, dans notre monde moderne, ce que j’ai appelé « la société de l’ambition« : celle ou chacun s’efforce de se distinguer, de devenir unique. Et dans cette société de l’ambition, « comprendre » a été remplacé par « juger » et « excellence » par « ambition ».
Mon « aien aristeuein » est une compréhension sans jugement, une excellence sans ambition, une ambition sans objet!
Le malheur, c’est que c’est extraordinairement difficile et en même temps très simple. Ne voyez pas pas de contradiction: simple n’est pas le contraire de difficile.
Pour finir
Je pressens qu’un jour, il nous faudra nous taire! je pressens que la forme ultime de « perfectionnement » est ce dont ont parlé bien des gens: le silence! Pour l’instant, continuons à rôder autour de la périphérie; continuons à écrire et à parler!
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