Encore frissonnant

Chaque jour que Dieu fait,  je me lève et me prépare à aller gagner mon pain quotidien.  Pendant de longues minutes, avant de s’engouffrer dans le « tunnel » du jour qui commence,  mon coeur et  mon esprit résistent, divaguent et puis  cèdent…. comme chaque matin!

Je relis encore ce poème de Jules Supervielle et j’ y trouves les mots que j’aurais aimé me dire :

Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Epargne encore un peu
Ce que j’ai de nocturne,
D’étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Ouvrir les yeux! Penser par soi-même!

Gardez les yeux ouverts! Pensez par vous mêmes.

Le sujet est polémique; et je déteste la polémique;  mais rien n’y fait; car aujourd’hui, j’ai décidé d’écrire.

Tout à l’heure au bureau, je parlais d’un sujet, qui me paraissait totalement anodin, lorsque au détour d’un mot, les boucliers se sont levés et je me suis trouvé , d’un coup, pointé de l’index, parce que, apparemment, je n’ai pas respecté les règles. De quoi s’agissait-il?

Nous parlions des noms propres à la mode… le sujet nous avait naturellement amené à  nous poser la question des origines de ces noms.  Je me suis alors posé la question (toute innocente bien entendu;) de l’abondance  du nom propre de « Mohammed »  dans nos contrées et si cela étais justifié ou non.

J’avais dit qu’il y en a tellement des « Mohammed »; Il y en a tellement… que ce nom qui devait à priori, revêtir une espèce de « sacralité », vu son origine ( nom du prophète de l’Islam) est devenu un nom quelconque synonyme de « Foulen » ou « X ».  Est-ce cela ce que voulaient ceux qui appelaient leurs enfants par ce nom?

— Naturellement, je dois préciser que je ne crois à aucune espèce de sacralité d’aucune sorte, ni lié à un nom, ni lié à une personne. Rien n’est sacré en soi. Ou mieux dit, rien ni personne n’est plus sacré que toute autre chose. Tout ce qui existe, absolument tout,  est sacré: de plus petit grain de poussière à la plus grande des galaxies, de la brise la plus légère  à la plus violente des tempêtes,  de plus petit brin d’herbe à la plus grande des forêts et  tous les êtres humains réunis: du plus misérable des hommes au fond de la jungle au plus grand des prophètes aux paradis célestex…

Mais ce n’est pas cela qui créa la levée des boucliers … pas encore!

En parlant, j’avais donc prononcé le nom du prophète « Mohammed » …sans ajouter la formule consacrée: « Paix et bénédiction sur lui« , généralement abréviée, lorsqu’elle est écrite par « Saws ». Une collègue n’a pas donc hésité à me « rappeler à l’ordre » en me disant qu’il ne convenait pas de parler du prophète sans prier sur lui; et même que, cela était obligatoire, et qu’elle avait les preuves… Je n’ai pas hésité, en retour, à lui dire que je ne considérais rien de tout cela comme obligatoire; non que le « monsieur » ne le méritait pas (Ceci est une autre question), non que  je refusais de le dire par arrogance; mais bien parce que je ne conçois pas d’obligation à dire quoi que ce soit surtout si on essaye de m’acculer par des … »preuves »!

Tout de suite, les accusations fusent: Blasphème et ignorance!!! rien que pour cela: ne pas adjoindre une quelconque formule au nom d’un monsieur! Vous imaginez un peu!!!!

N’ayant pas peur de l’enfer (qu’on me promet), je lui posé, avec tout le calme du monde, la question suivante: As tu pensé à cette question par toi même? La réponse fût nette: « Mais, monsieur, on ne pense pas à ces choses là, on applique, point barre!« 
La discussion s’arrêta bien sûr ici, car elle ne voulait pas s’alourdir de « péchés » et moi je ne pouvais plus  discuter avec une « mule »! (désolé! je déteste traiter les gens avec des qualificatifs de ce genre mais ça m’offre une transition avec le paragraphe suivant…)

Voilà ce qui me met hors de moi: Que les gens s’aveuglent sciemment, n’ouvrent pas les yeux, ne veulent rien voir…et qu’ils se résolvent à ne pas penser parce que des choses ont été écrites, dites, quelque part, par quelqu’un…!
Il est vraiment désolant qu’il y ait autant de dévotion avec autant « d’ignorance »; Quelle plus grande ignorance que celle de refuser de penser, celle d’être certain, tellement certain que maintenant il suffirait d’appliquer??

A la limite, on s’en balance de ce qui a été dit de tous les temps passées! cela ne sert à rien de croire si nous nous n’essayons pas d’éprouver la vérité par soi même, dans sa nouveauté, dans son immédiateté! cela ne sert à rien de prier si les mots ne sont que répétitions d’un esprit étriqué qui ne fait que se remémorer les leçons qui l’ont conditionné! cela ne sert à rien d’être vertueux si la vertu n’a de valeur autre que celle qu’on lui donne dans le cadre de la « comptabilité analytique » du Salut!

Je ne dirais pas mieux les choses que Krishnamurti:

La Vérité est un pays sans chemin, que l’on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu’elle soit, aucune religion, aucune secte. Tel est mon point de vue ; et je le maintiens d’une façon absolue et inconditionnelle

La Vérité, étant illimitée, inconditionnée, inapprochable par quelque sentier que ce soit, ne peut pas être organisée. On ne devrait donc pas créer d’organisations qui incitent les hommes à suivre un chemin particulier. Si vous comprenez bien cela dès le début, vous verrez à quel point il est impossible d’organiser une croyance. Une croyance est une question purement individuelle, et vous ne pouvez ni ne devez l’organiser.

Si on le fait, elle devient une religion, une secte, une chose cristallisée, morte, que l’on impose à d’autres. C’est ce que tout le monde essaie de faire. La Vérité est ainsi rétrécie et transformée en un jouet pour ceux qui sont faibles, pour ceux dont le mécontentement n’est que momentané.

l’équation de Drake appliquée à la Tunisie

L’équation de Drake est, à l’origine, un calcul probabiliste inventé par un astronome américain Frank Drake pour évaluer le nombre de civilisations extra-terrestres.

Elle sert à ce qu’on peut appeler « le paramétrage de l’ignorance » : Sur un sujet dont on ne sait absolument rien, on peut utiliser les mathématiques et les probabilités.

La version originale:
« N = R* x Fp x Ne x Fl x Fi x Fc x L « 

où :
* N = le nombre de civilisations extraterrestres dans notre galaxie avec lesquelles nous pourrions entrer en contact,
et :
* R = le nombre d’étoiles en formation par an dans notre galaxie,
*Fp = la fraction de ces étoiles possédant des planètes,
* Ne = le nombre moyen de planètes par étoile potentiellement propices à la vie,
*Fl = la fraction de ces planètes sur lesquelles la vie apparaît effectivement,
*Fi = la fraction de ces planètes sur lesquelles apparaît une vie intelligente,
*Fc = la fraction de ces planètes capables et désireuses de communiquer,
*L = la durée de vie moyenne d’une civilisation.

Ce calcul a abouti à un chiffre de 10 000 civilisations de notre galaxie avec lesquelles nous pourrions entrer en contact
Cette équation est revenue à l’actualité cette semaine, lorsque un mathématicien anglais a utilisé une version remaniée à sa façon pour trouver une explication à son célibat et aboutir au chiffre de  1/285000 pour la probabilité de trouver la personne qui lui convient en Angleterre (ICI)

Vu donc que cette équation commence  à trouver de nouvelles utilisations autres que la recherche d’extraterrestres; je me suis dit pourquoi ne pas l’utiliser sur un sujet dont on ne sait absolument rien mais qui nous concerne en Tunisie:  le nombre de présidents de la Tunisie durant le XXIème siècle ; ce nombre étant un des critères les plus éclairants sur l’instauration d’une démocratie dans un pays. 

Et quoi de mieux que les probabilités pour savoir si on sera un pays démocratique durant ce siècle??

Voilà ce que dit donc  le calcul de Drake si je l’adapate  à ma question  (en utilisant les données disponibles actuellment) :

*R= nombre de personnes aptes à être élus: personnes physiques tunisiennes agées entre 40 et 75 ans –> selon la pyramide des âges,  il y a à peu près 40% de tunisiens dans cette tranche d’âge –> 4 000 000
*Fp=  la fraction de personnes ayant une activité politique dans le cadre d’un parti –> selon le nombre d’adhérents aux partis politique tunisiens: 2500000 de tunisiens  ont des cartes d’adhérents –> 25%
*Fi= fraction de personnes ayant une activité politique atteignant la direction d’un parti : 9 présidents ou secrétaires généraux de partis pour 3 millions d’adhérents–> 0.0003%
*Ne= nombre maximal de candidats par parti: 1
*Fc = fraction de personnes appatenant à la direcion d’un parti et se présentatnt aux élections: : 3 candidats sur 9 partis–> 1/3
*Fl= fraction de candidats se présentant aux éléctions et les gagants:–> 1 élu parmi trois candidats–> 1/3
*L= durée moyenne de la fonction présidentielle (max: 35 ans soit 7 mandats ; min 5 ans  soit 1 mandat):  20 ans

Le calcul selon cette équation est à peu près de 6.53 présidents.
 J’arrondis mon calcul à 7 présidents et une durée de gouvernance moyenne de deux quinquennats et demi par président à partir de 2015.

Voilà! l’équation de Drake nous assure qu’il y a 10 000 civilisations extraterrestres et 7 présidents tunisiens à venir avant 2100!  Il n’ y a plus de raison pour vous inquiéter concernant  l’alternance en Tunisie ;)

Remarque:  Ce calcul n’est pas aussi tiré par les cheveux que ça; étant donné ce qui suit:
 La procédure normale veut qu’il y ait des éléctions tous les 5ans. Si un président en a pour cinq mandats (comme on a l’habitude maintenant); ça nous fera au  maximum 4 présidents d’ici 2100.  Si les choses s’améliorent et qu’on revient à la limitation de trois quinquennats, on  aura 6 présidents d’ici 2100.

Prière Bohémienne

Ma vie ces deux derniers jours ressemble à un marathon chronométré, plus communément appelé: travail, qui commence à 7h et finit à 20 h.  Si vous êtes dans le même cas que moi (ou non d’ailleurs); alors cette chanson de Felix Leclerc : Prière bohémienne , est à vous :

À tous les bohémiens, les bohémiennes de ma rue
Qui sont pas musiciens, ni comédiens, ni clowns
Ni danseurs, ni chanteurs, ni voyageurs, ni rien
Qui vont chaque matin, bravement, proprement
Dans leur petit manteau sous leur petit chapeau

Gagner en employés le pain quotidien
Qui sourient aux voisins sans en avoir envie
Qui ont pris le parti d’espérer
Sans jamais voir de l’or dans l’aube ou dans leur poche
Les braves Bohémiens, sans roulotte, ni chien
Silencieux fonctionnaires aux yeux fatigués

[...]

Devant ces bohémiens, ces bohémiennes de ma rue
Qui n’ont plus que la nuit pour partir
Sur les navires bleus de leur jeunesse enfuie
Glorieux oubliés, talents abandonnés
Comme des sacs tombés au bord des grands chemins

Qui se lèvent le main cruellement heureux
D’avoir à traverser des journées
Ensoleillées, usées, où rien n’arrivera que d’autres embarras
Que d’autres déceptions tout au long des saisons

J’ai le chapeau bas à la main
Devant mes frères bohémiens

Entre la TAP et les autres: Qui croire?

On a longuement parlé en Tunisie de la nécessité d’élever le « niveau » de notre presse nationale, chose que le président a rappelé durant le dernier conseil ministériel. Voici un extrait de son discours lors de ce conseil:

« C’est que nous sommes dans un pays démocratique pluraliste où l’information est libre et le citoyen responsable. Nous devons, dès lors, respecter l’opinion contraire, accepter la critique constructive (…) et fournir, aux journalistes et aux citoyens, l’information exacte et le renseignement voulu, avec franchise et réalisme ».

Mais ces consignes apparemment tombe dans l’oreille d’un sourd

Jugez-en vous-mêmes: J’ai pris comme exemple la dernière visite de Martin Scheinin, rapporteur spécial de l’ONU pour la promotion et la protection des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans la lutte anti-terroriste, qui a conclu sa visite par une conférence de presse.

Le compte rendu qu’en fait la TAP, notre fameuse agence nationale est comme vous vous en doutez plein de termes comme : satisfait, félicitations, exemple à suivre, avant gardiste, excellent,…

Voilà le lien du compte-rendu:
http://www.tap.info.tn/fr/index.php?option=com_content&task=view&id=11214&Itemid=52

Si maintenant, je fais un petit tour sur Internet et je cherche d’autres sons de cloches, voilà ce que je retrouve: des incohérences dans l’application de la loi, des lacunes, un écart entre la loi et la réalité…

http://www.romandie.com/ats/news/100126165414.fnz267k3.asp
http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5isU1fibWUFVnNVxJMAxL3XZr3jeA

Est ce que c’était la même conférence de presse?
Bien sûr, on peut se dire que la TAP ne voit que la moitié pleine du verre, les médias étrangers ne voient que la moitié vide; Mais ceci ne résout pas mon problème: Qui croire?

Comment faire pour avoir une information nationale exhaustive et crédible si mon souhait est de n’avoir jamais à chercher ailleurs une information qui concerne mon pays????

« Commune Présence » de René Char

Ce poème du poète français René Char s’intitule « Commune présence« ;  je le trouve tout simplement exceptionnel et j’ai voulu le partager  ( en gras,  les vers que je préfère et qui me semblent donner un sens à toute écriture, à ce billet et même au blog entier)

Tu es pressé d’écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi, fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.

Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir,
Celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d’elle, tout n’est qu’agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t’inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes
.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier, la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union
.

« Arab Knowledge Report 2009″ pour toutes fins utiles!

A toutes fins utiles!

Le « Arab Knowledge Report 2009 » est édité conjointement par le PNUD et la « MBR Foundation » de l’émir de Dubaï Mohammed Ben Rached al Maktoum. Il a été publié fin 2009.

Ce rapport décrit la situation, on ne peut plus « catastrophique » du savoir, de la recherche et de la connaissance dans les pays arabes.

En Tunisie, on s’en sort globalement pas mal par rapport aux autres pays; mais la situation selon ce rapport, est tellement mauvaise, comparativement au reste du monde (et pas que le monde développé), qu’il n’ y a vraiment aucune raison pour être fier!

Malheureusement, la raison pour laquelle ce rapport, comme les précédents, restera un coup d’épée dans l’eau est qu’il étudie l’ensemble les pays arabes et présente des conclusions générales sur la situation globale. Chaque pays peut ainsi se prévaloir de pas être directement concerné par ces conclusions:  » C’est pas nous, C’est les autres!« 

Quand un rapport coincera chaque pays à part et le mettra devant sa triste réalité; alors peut-être qu’il y aura des choses qui bougeront!

En attendant, voilà le rapport Arab Knowledge Report en sa version arabe: AKR-Ar

En espérant que vous y trouverez matière à réflexion!

Sur ce, je retourne à mon sacerdoce: Lire! car je me suis assigné comme mission (pareillement à nombre de blogueurs j’imagine…mais qu’est ce les blogueurs sont loin de la réalité de ce pays!!!) d’élever la moyenne de la Tunisie en nombre de minutes/an consacrés à la lecture et de nombre de livres lus/an; les derniers chiffres dont je me rappelle étaient : en moyenne 6 minutes/an pour la lecture et 1 livre/an :( ((

rire (pour ne pas pleurer) est le propre de l’homme

Le premier chapitre du troisième tome des « Essais » de Montaigne commence par cette phrase : « Personne n’est exempt de dire des bêtises; ce qui est grave c’est de les dire sérieusement« .  Montaigne, en l’écrivant s’inspirait d’un vers de Terence : »Voilà quelqu’un qui va faire de grands efforts… pour dire de grandes sottises« .

J’en ai finalement conclu, après maintes vérifications, qu’il me sera impossible de me prémunir contre ma propre bêtise, simplement parce qu’elle est inhérente à ma condition humaine;  et qu’à coup sûr, je vais de temps en temps déployer de grands efforts pour dire de grandes sottises ;  il reste néanmoins dans mes possibilités de me prémunir contre un mal plus grave encore que la bêtise: c’est lorsque la bêtise se prend au sérieux. J’essaierai pour cela (tant bien que mal) de ne jamais rien prendre au sérieux..

Et à y réfléchir, ce n’est pas plus qu’une simple question de bon sens: Comment peut-on prendre au sérieux la vie alors qu’on la sait finissante? Comment peut-on prendre au sérieux les hommes alors qu’on sait qu’ils ne savent strictement rien?

Cela est la lucidité même: toujours déceler le fond gai et joyeux de notre existence et toujours se moquer comme du dernier de ses soucis de  toutes les (micro)blessures et les (micro)défaites qui meublent nos quotidiens!

Le rire est un art de vivre qui permet d’arpenter notre vie, avec simplicité, mais aussi avec plénitude; même s’il ne s’agit nullement de rire béatement comme le maître Pangloss de Voltaire qui se disait « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes » car voir les choses telles qu’elles sont, implique aussi une certaine souffrance, celle de connaître l’absurdité et l’inutilité et notre impuissance face à elles.

On connaît d’ailleurs tous la citation de Camus: « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. », pour dire que seule la lutte de l’Homme face à l’absurde de son existence lui permettait de se réaliser en tant qu’homme, et c’était là son bonheur. Si j’osai, je dirai que c’est comme si Camus disait « le bodybuilder en faisant de la « Muscu » se réalise en tant qu’athlète »! C’est totalement absurde!!

Son Sisyphe ne pouvait être heureux que parce qu’il devait prendre sa tâche à la légère. Ou la pierre lui paraissait littéralement légère ou il devait se tordre de rire (à en mourir!) à la vue de sa pierre rouler en bas après qu’il l’ait amené au sommet! Le sens de « mourir de rire » est à cet égard bien plus profond qu’il n’y paraît: la mort est la délivrance suprême face à l’absurde; Par la médiation du rire, Sisyphe mourait (de rire) et était ainsi délivré à chaque fois qu’il arrivait au sommet.

Riez, souriez, tout seul s’il le faut, silencieusement s’il le faut… et vous serez délivré!

P.S: rien de ce qui précède n’a été écrit sérieusement!

Terence

J’avais parlé de ce sujet, il y a déjà longtemps (Dans ce post: La nation, l’histoire et la version des vainqueurs?) mais la découverte de l’histoire de Térence m’a encore convaincu de la pertinence de ce que je disais: nous  perdons beaucoup à omettre notre période romaine!

Qui est Térence?

Térence, de son vrai nom « Publius Terentius Afer » est un des auteurs de pièces de théâtres les plus admirées et les plus applaudies de la république romaine; Diderot avait d’ailleurs dit de lui : « Je compare Térence à quelques-unes de ces précieuses statues qui nous restent des Grecs, une Vénus de Médicis, un Antinoüs. Elles ont peu de passions, peu de caractère, presque point de mouvement; mais on y remarque tant de pureté, tant d’élégance et de vérité, qu’on n’est jamais las de les considérer ».

Térence est d’origine numide/berbère et il est né à Carthage; Il a été emmené en esclavage à Rome (esclave au sens Romain de l’époque)  alors qu’il était encore tout petit. A Rome, il a réussi une carrière littéraire des plus brillantes et laissé en héritage plusieurs œuvres, vite devenues des classiques et des références de la littérature gréco-romaine.

Quelques liens ci_dessous si vous voulez poursuivre la recherche :

Térence sur Wikipedia
Le jugement élogieux de Diderot sur Térence

J’en reviens à ma réflexion : Pourquoi n’avons nous pas profité — et ne profitons nous pas maintenant?– de l’ héritage littéraire, législatif, philosophique de l’époque romaine comme s’il ne nous concernait pas ? alors que nous étions, et nous le sommes encore,  en droit de nous en réclamer autant que tout européen moderne!

Pourquoi ne  connaît-on Térence pas chez nous alors que c’est un carthaginois??
Parce que l’histoire que nous connaissons finit  à la mort de Hannibal puis reprend son cours avec la fondation de Kairouan. Entre temps, il y bien eu 7 siècles! sept siècles effacés, oubliés! Nous gagnerons pourtant à nous réapproprier toute l’antiquité romaine à laquelle, qu’on le veuille ou non, nos ancêtres avait bel et bien participé! Et brillamment en plus!

Nous ne sommes pas peu fiers de Hannibal et de Jugurtha- parce qu’ils incarnaient la révolte et la résistance à l’hégémonie romaine- mais il est gravement ridicule d’omettre sept siècles d’oeuvres antiques parcequ’on projette notre histoire moderne et contemporaine sur un passé aussi lointain! Ok, nous sommes devenus à l’époque actuelle un pays arabo-musulman, mais ceci ne nous empêche nullement de fouiller dans notre histoire ancienne – romaine, chrétienne, païenne- pour trouver les trésors qui pourraient nous être utiles aujourd’hui!!

Que d’auteurs et de livres restent ainsi encore inconnus chez nous parceque l’histoire qu’on nous enseigné a obscurci toute la période romaine de notre région; je pense à Marc Aurèle, à Cicéron, à Térence, à Saint Augustin, à Sénèque, et il y en a certainement milles autres…

Un cinquième de l’Humanité

J’ai un collègue de bureau qui n’arrête pas, lorsque nous sortons déjeuner à midi, de s’exclamer sur le nombre sans cesse croissant d’asiatiques qu’on rencontre sur notre chemin vers le restaurant où nous déjeunons. -je dis asiatiques car je ne sais pas de quelle nationalité ils sont; mon collègue les appelle les chinois, puisque pour lui tous les « yeux bridés » sont « chinois ». Son principal souci c’est le chômage, car des « chinois » qui viennent en masse, ça risque, selon lui, d’aggraver le chômage chez nous.  …Et vu qu’ils sont nombreux…

Vous vous rendez cmpte: Ils sont un milliard trois cent millions, ces chinois! le cinquième de l’humanité. Et heureusement d’ailleurs! heureusement qu’ils est chinois ce cinquième; Vous imaginez le bordel s’il était Tunisien??

Imaginez un milliard de Tunisiens dans les rues de la Tunisie!!! Des méditerranéens bruyants qui parlent avec les les mains! qui ne respectent ni file d’attente, ni feux de signalisation et qui se chamaillent pour des riens!!!

Vous voyez, vous, un milliard de tunisiens parcourant calmement les rues de la capitale sur leurs bicyclettes, se saluant silencieusement, pratiquant chaque matin le Tai-Chi-Chuan avec des gestes amples et lents???

Ah,que non! Ça serait le bordel à coup sûr! Tunis serait un capharnaüm gigantesque!

A mon collègue, je ne cesse de dire qu’on a tellement à apprendre des chinois, de leur gentillesse, de leur discipline, de leur organisation , de leur dévouement au travail, de leur sagesse millénaire, de leurs arts martiaux, de leur sens de l’équilibre et du juste milieu…

Reste le problème du chômage.. Mais sincèrement, je ne pense pas que ce sont les chinois qui en sont responsables! Faudra chercher ailleurs.

L’année est à la Jeunesse.Parlons-en!

L’année 2010 a été proclamée par l’ONU « Année internationale de la Jeunesse » et les jeunes sont au coeur des préoccupations nationales tunisiennes, en témoigne le dernier colloque organisée à Tunis:  » la jeunesse et leurs avenir: défis actuels, développement des capacités et mécanismes de participation« . On ne va chipoter sur le réel rôle de la Tunisie dans l’adoption de cette résolution, la pertinence de ce genre d’évènements et la sincérité des autorités tunisiennes dans leurs engagements envers les jeunes. Les avis divergent et je ne prétends pas les départager, il suffit juste de se dire qu’une fenêtre est ouverte et que les jeunes Tunisiens peuvent s’y engouffrer !

—Au bas de l’article, il y a un petit sondage! Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de lire tout l’article, je serai ravi que vous allez directement à la troisième partie et donnez votre avis!—

1ère partie:

J’aurai pu titrer mon billet: « la jeunesse! mon oeil, oui! « 

D’aucuns considèrent, à raison, que les jeunes tunisiens, s’ils osent montrer un quelconque signe d’activisme anti-étatique sont envoyés en prison! Au mieux, l’État met la pression en intensifiant ses rafles militaires et menace chaque jeune tunisien d’une année en camp d’entrainement militaire sous le fallacieux prétexte du « devoir national »! C’est malheureusement , une des facettes de la supposée volonté de l’État tunisien à encourager les jeunes en Tunisie à participer à la vie publique.
On ne peut pas ainsi, si on veut parler de la jeunesse en Tunisie, ne pas déplorer la situation des étudiants tunisiens encourant des peines de prison, pour avoir manifesté leur attachement à une vie estudiantine digne notamment en ce qui concerne la question du logement.
Que leur reproche t-on? la manière dont ils ont manifesté leur mécontentement? Mais que pouvaient-ils faire d’autre? Comment allaient sinon faire entendre leurs voix? Auraient-ils pu compter sur les autorités administratives? Pouvaient-ils avoir confiance dans la parole de ces autorités? …

Comment surtout peut-on les aider?  malheureusement, on ne peut rien faire à part espérer que la justice (et avant-elle  le pouvoir exécutif, puisque les deux se confondent encore) aura l’intelligence d’apaiser les esprits et ne pas les utiliser comme exemples! Ils se sont peut-être trompés en dérogeant aux règles, en organisant leur sit-in, en s’insurgeant contre les autorités ( choses dont je n’en suis pas sur) mais on ne peut pas, si on est honnête, les emprisonner pour ça!!

Je ne suis pas un militant et je ne veux même pas imaginer que libérer des étudiants tunisiens doit passer par un appel à un activisme droits-de-l’hommiste ou en mettant dos à dos les jeunes et l’État!!!  Car autant je suis intimement convaincu de la nécessité du respect de l’ordre et des institutions de la république, autant je pense que l’intérêt de la république passe par  la liberté des jeunes.

2ème partie:

En analysant le discours du président au dernier colloque, on comprend qu’autant il est conscient que les jeunes ne peuvent plus attendre et soucieux de leur offrir la possibilité de participer à la vie publique, autant il considère que les jeunes qui  entrent en confrontation avec les autorités se fourvoient et se trompent!

Ce discours dénote d’un paternalisme criard! Chez le président, le père et l’homme de l’ordre cohabitent et c’est à travers leurs prismes qu’il juge et agit envers les jeunes tunisiens. Il serait erroné de penser que le président est le fossoyeur de la tradition tunisienne de réformisme!  Il est même le digne héritier de Bourguiba. Mais il n’échappe pas aux mêmes torts de son prédécesseur : un autoritarisme de père de famille ; une ambivalence politique qui alterne le chaud et le froid!!

Le problème est qu’il se trompe, comme de tout père qui pense bien éduquer ses enfants, en croyant qu’un jeune tunisien ne peut s’engager en Tunisie qu’en accompagnant les orientations que lui, a décidé. Il focalise sur le consensus et craint que toute velléité de conscience politique chez les jeunes, que cela soit sur le fond ou sur la manière de l’exprimer, remettrait en cause les orientations décidées et menacerait l’équilibre et le climat paisible de la Tunisie!  Tout trouble de l’ordre est ainsi sévèrement sanctionné car doit-il penser, ce n’est pas la bonne manière de s’exprimer!

L’erreur est de penser que si les jeunes  montrent des signes d’activisme politique anti-étatique, alors ils sont forcément manipulés,  pas assez mûrs et risquent de se tromper en choisissant des extrémismes idéologiques néfastes!!

Le pouvoir pense t-il que si des jeunes s’intéressent à la chose publique, alors cela doit forcément être applaudir aux congrès d’un parti????
Pense t-il que l’engagement des jeunes doit se limiter à voter tous les cinq ans? ou à concourir aux élections législatives?  A ce propos d’ailleurs, on a bien vu qui était le » jeune » élu à l’assemblée: le gendre multimilliardaire du président!  Ce n’est pas comme ça que les jeunes vont croire qu’ils ont une chance aux élections législatives.

Si les autorités pensent qu’en définissant le contenu, le cadre, la manière de s’exprimer, les enjeux et les buts de chaque dialogue avec les jeunes, alors elles se trompent lourdement!! Les jeunes ne sont pas dupes et ne participeront pas!

Que faire alors si on ne veut pas rater l’année 2010 « année internationale de la jeunesse » parce qu’on n’a pas saisi qu’il faut passer à un autre niveau de dialogue????


3ème partie:

Je reviens au début de mon billet, l’année est à la jeunesse et on a une belle fenêtre pour s’exprimer!

Mais avant ça, voyons voir comment les jeunes tunisiens s’imaginent leurs avenir!
J’ai ainsi trouvé sur le net une étude française commandée par le magazine français l’Express sur les jeunes en France en comparaison avec d’autres pays dans le monde (leur monde à eux, c’.à.d l’occident). Les enquêteurs ont posé aux jeunes les questions suivantes:

- Les jeunes peuvent-ils changer la société?
- Votre avenir personnel est-il prometteur?
- Pensez-vous avoir un bon travail à l’avenir?
- La belle vie est-ce devenir reconnu et célèbre?
- La belle vie, est-ce d’avoir beaucoup d’argent?
- Le regard des autres ( le jugement social) est-il déterminant dans votre choix professionnel?
- Etes vous prêts à payer pour les gens âgés (supporter des impôts pour financer les retraites)?
- La mondialisation apporte t-elle des opportunités?

Voilà le document de l’étude: Dossier_LExpress_Etude_Jeunes

Il apparaît de cette étude que les jeunes français sont les bons derniers ! Ils sont pessimistes, fatalistes, impuissants, ne pensent pas pouvoir changer quoi que ce quoi à la société, sont encore coincés dans les mythes d’une méritocratie éducative qu’ils savent pourtant devenue inopérante  et ont peur du chômage et de la mondialisation.
Seuls les pays scandinaves affichent une jeunesse d’un optimisme insolent! Les jeunes des États-Unis brillent par un moral de vainqueurs et la certitude qu’ils ont l’avenir de leur pays entre les mains (l’étude a pourtant été conduite fin 2007, il n’ y a pas encore d’effet Obama). Les jeunes chinois et indiens commencent à profiter de la mondialisation et  apprécier les fruits de leurs folles croissances économiques!!

Les jeunes français me rappellent étrangement notre situation! Mais peut-être que je me trompe! Je serais d’ailleurs très curieux de connaitre les  réponses des jeunes Tunisiens aux question précédentes.

Je joins à cet article 5 sondages auxquels les jeunes tunisiens seraient sensibles! Faites tourner ces sondages si vous pensez que la réponse peut-être intéressante à connaitre ( cela servira aussi à faire de la pub à mon blog ;)

   
   
     
    

Quatrième pouvoir?

L’éviction du maire de Tunis Abbes Mohsen est-elle due à la dernière émission de télé « El haqq maak »? (Quelques articles qui en parlent:  une dépêche du journal français Le monde, un autre article de Business News); les sources   restent, naturellement, laconiques et reprennent généralement le communiqué officiel de la TAP.  Ainsi faute d’information, je me vois obligé de croire que la raison de cette éviction est la déficience de communication et la  mauvaise prestation télévisuelle du maire de Tunis. Étrange éviction tout de même, si on sait que quelques mois auparavant, ce même Abbes Mohsen était le candidat du pouvoir pour la présidence de la chambre des députés selon cette information ou plutôt rumeur de l’Express datant de novembre dernier.

Alors, est-ce l’avènement du quatrième pouvoir en Tunisie ?
Si c’est le cas, il y a tellement de dossiers sur lesquelles les médias  doivent se pencher et pourraient ainsi exercer leur influence! Il y a tellement de têtes qui devraient tomber si la presse jouait réellement son rôle de quatrième pouvoir!

Malheureusement, ce n’est pas le cas!

Le maire de Tunis a payé de son poste l’ambivalence des autorités tunisiennes. Car, à y réfléchir, son refus de communiquer va exactement dans le sens des politiques publiques par rapport à la question de  la communication: black out médiatique, rétention d’information, langue de bois et désinformation ou plutôt information sélective.  Il fallait un bouc émissaire et c’était lui! On peut juste lui reprocher, que sur ce coup là, il n’ a pas été très futé!! mais de là à l’accabler et le remplacer pour déficience de communication, c’est vraiment nous prendre pour des dupes!

Ce ne sont pas donc là  les prémisses d’un quatrième pouvoir journalistique  mais bien les habituels règlements de compte sur fond de saupoudrages politiciens qui veulent nous faire croire que l’État de droit est bien respecté en Tunisie. Pour le vrai quatrième pouvoir, il y a encore beaucoup de chemin à faire!

les insoupçonnées analogies entre médecine et politique: cas de la Tunisie!

Introduction:
On connait tous en médecine, l’effet PLACEBO: l’état d’un patient qui s’améliore si on lui fait croire qu’on lui a administré un traitement alors qu’en réalité, il n’avait peut-être bu qu’un peu d’eau colorée. Cet effet placebo agit selon un mécanisme psycho-physiologique d’auto-suggestion; le malade pense que ça marche parceque il y croit!

l’effet placebo a malheureusement un effet jumeau maléfique: l’effet NOCEBO : il s’agit d’un effet négatif qui va annuler ou réduire, voire annuler les effets pharmacologiques d’une substance ou d’un traitement médical. Il apparaît lorsqu’une attitude pessimiste suffit à produire des effets nocifs sur la santé d’un patient.
Cet effet contraire n’est pas encore bien étudié et n’est pas encore très connu mais beaucoup d’études cliniques ont déjà montré qu’il existe réellement.

L’effet Nocebo, comme l’effet Placebo, n’est pas lié au médicament pris, mais principalement à l’attente du patient, découlant elle-même de l’attente du médecin vis-à-vis du traitement qu’il prescrit.
De même que l’effet placebo est le reflet de la bonne relation thérapeutique, on présuppose que l’effet nocebo est lié à une mauvaise relation entre médecin et patient autour d’une croyance partagée quant à l’efficacité de la prise en charge. Il n’y a donc pas de bon ou de mauvais thérapeute, ni de bon ou mauvais patient, mais une bonne ou une mauvaise relation thérapeutique.

Qu’est ce que cela a à voir avec la situation politique en Tunisie?

L’analogie est pour moi, bien claire — je prends bien mes précautions quant aux raisonnements par analogie parce que je sais qu’autant ils peuvent être éclairant sur un sujet; autant, ils peuvent s’avérer prodigieusement dangereux; mais bon…je suis ici sur un blog personnel, je n’écris pas un traité politique; le but est seulement d’utiliser cette analogie pour titiller les esprits et essayer de comprendre ce qui se passe dans mon pays!– Revenons à l’essentiel:

Si dans ce pays, on continue à résoudre nos problèmes politiques, économiques et sociaux en comptant sur des effets placebos (vous voulez des exemples d’effets placebos? en voici: les éditoriaux de la Presse sur l’attachement « indéfectible » des tunisiens autour de « l’artisan du changement » (qui ne change pas), les grands projets (qui capotent) des émirs du golfe, les IDE  dans l’industrie du câblage (mais ces entreprises, en fait, n’en rien à faire de nous, ils peuvent même délocaliser en Turquie quand ça leur chante), les conseils ministériels (à répétition) consacrés à la question des X ( personne ne sait plus combien) mécanismes de promotion de l’emploi,  les bons classements dans je ne sais quel magazine (paru sur je ne sais quelle planète)… et j’en passe),  il pourrait qu’en global, notre état s’améliore et qu’on continue sur un bon chemin; et ce parce qu’on est optimiste et qu’on y croit!

OK mais,

- d’une: l’effet placebo ne remplace jamais un vrai médicament: A terme, on ne pourra pas échapper à la nécessité de penser à de vrais mesures et de vrais solutions à nos problèmes majeurs de déficience démocratique, d’autoritarisme étatique et développement économique et social inégal et toujours insuffisants!!

-de deux: comme je l’ai présenté au début, pour qu’il y ait effet placebo, il faut qu’il y ait au préalable une bonne relation thérapeutique entre le médecin et le patient; dans notre cas, il faut donc une bonne relation entre les gouvernants et les citoyens! Est ce c’est le cas? certains diront oui, leur preuve: les 89% de tunisiens qui voté pour le président aux dernières élections; d’autres diront que les tunisiens (et ce qui sûr est qu’ils sont nettement, nettement,…plus nombreux que les 11% restants) pensent que leur relation avec le pouvoir, c’est pas vraiment ça! Y’en a même qui disent que la relation est totalement dégradée! De toutes les façons, à admettre qu’il y ait une bonne relation « thérapeutique », combien va t-elle encore durer? Pas pour très longtemps certainement!

-de trois: il y aussi un effet Nocebo auquel il faut prendre garde: y’en a qui sont pessimistes pour le futur! ils croient que la relation « thérapeutique » entre l’État et le peuple est catastrophique et que rien ne va: trop d’abus et trop d’injustice! ils se lamentent et voient tout en noir! ceux là peuvent induire un effet nocebo qui annulerait les effets bénéfiques de toute politique publique et minerait tout effort citoyen pour améliorer substantiellement l’état de notre pays! l’effet nocebo finira par aggraver nos problèmes sans qu’on en ait réellement besoin!

Conclusion:
OK pour l’optimisme –d’ailleurs je ne m’inquiète pas pour la Tunisie; les esprits éclairés sont nombreux, les bonnes volontés sont partout– mais ne comptons pas trop sur le placebo, ça ne marche pas toujours et ça ne marche pas longtemps! méfions nous également du nocebo; ça pourrait nous nuire gravement!

« Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz sera retenu contre vous ».

Que le silence peut être tentant des fois! Cette idée me revient sans cesse à l’esprit. Tais toi, me dis-je!…et puis je succombe et j’écris…

« Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz sera retenu contre vous. »

Le sens de cet avertissement, dont on ne connaît que la version ludique (celle des sériées télévisées américaines, lorsque l’agent de l’ordre procède à l’arrestation d’un suspect), à bien y réfléchir, est bien plus profond que ce qu’il n’y paraît. Car si chacun de nous percevait de lui même le sens de cette petite phrase sans qu’on ne l’en avertisse, le monde aurait été certainement meilleur! Que dis-je? il n’y aurait pas eu de monde tout court! Du Verbe, tout est né,le verbe s’est fait mots! et les mots sont devenus, pour nous,le monde. Oui, en réalité, il ne nous rattache aux choses, que les mots…

…Mais les mots sont trompeurs. Il est maintenant demandé à l’homme de vivre dans un monde de mots alors qu’il avait été pétri dans le silence. C’est de là, malheur! que naît le décalage! Ce décalage, on l’appelle le mal-être. Il est au cœur de toute réflexion, c’est cette quasi-impossibilité de l’être… à être.

Est-ce une lucidité aveuglante ne percevant rien de vrai dans ce monde, qui crée en moi cette tentation du silence? ou est ce la lâcheté d’un homme qui n’ose pas défier le monde? peut-être aussi que c’est simplement la lassitude de l’échec?

Cette tentation du silence agit sur mon esprit comme un puissant trou noir qui cherche à aspirer toute velléité de conscience; « pour se tapir au plus profond du silence primordial, dans la béatitude inarticulée, dans la douce stupeur où gisait la création avant le fracas du verbe » comme disait Emil.M. Cioran.

Inutile de chercher la réponse, le silence est finalement aussi insondable que son contraire, le verbe.  Je sais par avance que malgré toute sa tentation, je ne céderai pas, non que je n’en aie pas envie mais bien parceque le silence serait  insoutenable!

Dieu lui-même a parlé! Depuis il s’est tu! Pour des raisons que lui seul connaît; Ne dit-on pas d’ailleurs, les voies du seigneur sont impénétrables?
Et nous?  Ne sommes nous pas capables de garder le silence?  « Il faudrait pour cela que la présence des hommes nous ait définitivement exaspéré, que la complexité des problèmes nous ait dégoûté au point que nous ne nous intéressions plus qu’au silence et à ses cris. Mais ce n’est là qu’un vœu pieux, « car la catastrophe, pour l’homme, est qu’il ne peut rester seul » disait encore Cioran. Alors, l’homme parle et écrit, et chaque mot qu’il prononce est une prétention, une erreur potentielle, un mot de trop. Quelques uns même, ceux qui savent qu’ils ne savent rien et que chaque mot qu’ils prononcent est de trop,  se vengent en portant la perfection du style à son extrême, ceux là ont pactisé avec le verbe comme Faust avait pactisé avec le diable!

…Mais ne les jugeons pas trop vite, ce n’est là que leur manière d’exorciser la tentation du silence!

P.S:  j’aurai pu utiliser ce titre pour parler de la liberté d’expression dans ce pays! ça colle à merveille! mais j’étais trop peu inspiré  pour en parler aujourd’hui… désolé!!

Aien Aristeuein

A.S: Pour répondre à un commentaire de 3amcha (ici) que je remercie au passage et qui m’alertait sur l’apparente contradiction entre le fait que j’exécrais la “société de l’ambition” dans un précédent article  « la société de l’ambition » et le titre du blog: Aien Aristeuein qui veut dire “Exceller toujours”; je me suis dit que voilà enfin  une bonne occasion pour lever les doutes et bien présenter les choses.

Je compte par avance sur votre indulgence si cette explication vous semble confuse, pédante et byzantine!

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Aien Aristeuein: expression en grec ancien qui veut dire : Exceller toujours et que j’avais découvert par hasard dans un livre de Hannah Arendt:  » la condition de l’homme moderne« . Elle tirée de l’Illiade d’Homère.

J’utilise « Aien Aristeuein » dans un sens similaire à celui de l’Illiade: un hymne à l’Excellence  mais dans un autre contexte que celui dans lequel elle a été utilisée à l’origine. Je l’utilise également parce qu’elle est en relation avec le prénom du héros grec « Achille« .

Rappel étymologique:
C’est l’injonction que le père d’Achille adressait à son fils quand il était enfant:
«A son fils Achille, le vieux Pélée recommandait de toujours exceller (aien aristeuein) et de surpasser tous les autres». Le mot  renvoie à un emploi du verbe grec aristeuein, ou de l’adjectif superlatif qui lui est lié : »aristos ».
On rencontre dans le texte de l’Illiade des dizaines et des dizaines d’emplois de ce verbe aristeuein et de l’adjectif aristos (en grec, aristos sert de superlatif à l’adjectif agathos, qui veut dire bon). Ce sont des mots de même racine que le substantif abstrait arétè, qui désigne la vertu par laquelle on excelle, une disposition d’excellence.

Aien Aristeuein
Que nous l’appelions excellence, perfectionnement, individuation, éveil, connaissance de soi, ou encore vertu importe peu; tout ceux-là ne sont que des mots et les mots sont trompeurs. Pour moi, il s’agit d’enclencher un processus de compréhension: comprendre qui je suis, ce que je suis et mon rapport au monde dans lequel j’évolue.

Cette compréhension implique de désapprendre ce que la société a bien voulu nous apprendre et toutes les strates de préjugés, de certitudes, d’archétypes trompeurs, d’égrégores collectives et toutes sortes d’artifices intellectuels commodes qui se sont accumulés dans nos esprits (très souvent à notre insu), comprendre que toutes les dualités qui se sont présentés  à nous, de prime abord, commes des contraires ne sont que des aspects d’autres réalités plus larges, qui, une fois comprises,  font disparaitre les premières contradictions et en créent d’autres, comprendre où et pourquoi nous nous sommes fourvoyés lorsque nous étions portés par notre désir d’exister, nos ambitions (légitimes) alors que n’avons pas encore rien compris et que nous nous étions illusionnées d’avoir tout compris, comprendre les pièges du langage et des mots que nous utilisons pour nous décrire, analyser et comprendre, comprendre les attaches qui lient l’individu à son milieu, à son passé, à sa communauté (Personne ne nait sur une planète de l’étoile  Sirius, seul, et commence ce processus de compréhension), comprendre nos états d’âmes, nos peurs, nos sentiments et nos ressentiments; et comprendre enfin que toute compréhension est relative, qu’elle est sans fin, qu’elle n’aboutit à rien, qu’elle n’est pas un exercice intellectuel qu’on « s’efforce » de faire (parce que intellectualiser aussi peut mener sur de fausses pistes).

Cette compréhension n’est pas un processus linéaire qu’on commence un jour et qu’on s’efforce d’entretenir dans le temps. Ce n’est ni une ascèse, ni une bohème. Elle se vit au quotidien, ici même, dans ce monde-ci et avec ou plutôt contre toutes ses vicissitudes!!

Pourquoi je suis sensible au mot perfectionnement plus que les autres?  Parce qu’il me permet d’inscrire –schématiquement–ce processus dans un sens, une direction qui va du (moins) vers le (plus), même si je sais pertinemment que ces mots: sens/moins/plus  ne veulent rien dire dans ce contexte.  Les questions qu’on pourrait me poser : Meilleur selon quels critères? meilleur que quoi? que qui? etc sont légitimes mais elles faussent la réponse. Car si on pose des critères, des buts, des étalons, des standards, c’est qu’on estime avoir compris, c’est qu’on estime connaitre la route, c’est qu’on a jugé avant de comprendre; or « la vérité est un pays sans chemin » comme le dit Krishnamurti, célèbre penseur indien dont les enseignements à cet égard sont très intéressants. Les mots présupposent des références; or le but de notre exercice est se détacher des références (sociales, éducatives, religieuses,…) et malgré ça trouver  en soi une authenticité originelle, une singularité irréductible.

Voilà une image qui permet de mieux visualiser ce que je veux dire: Le perfectionmment est une sculpture. Chaque homme est lui-même l’artisan, la matière et l’oeuvre!

Le but de tout homme est de devenir une statue, tel un appolon d’airain sur son socle de marbre. L’homme vrai se sculpte lui-meme; à chaque coup, il s’améliore, s’affine, se corrige, pour s’elever au dessus de la tumulte;  pour échapper à la médiocrité, pour échapper à sa propre médiocrité.  Les coups sont durs, ça peut faire mal, c’est sa chair qu’il déchire et son esprit qu’il torture. Le soir, lorsque l’oeuvre est presque finie, l’artisan peut être fier de sa réalisation; d’une pierre brute difforme disgracieuse modelée par les airs et les eaux, il a pu créer une oeuvre harmonieuse.

Mais celui qui se sculpte est seul, il doit rester seul pour pouvoir travailler sur lui même, il doit résister à la tentation, à la facilité, au quotidien,  à la pression. L’homme qui se sculpte a besoin de calme, de temps, de lenteur; parce que ses gestes doivent etre mesurés, la beauté de l’oeuvre en dépend. Les aurtres veulent rester des pierres difformes qui roulent en inertie ou qui sont portés par un courant plus fort qu’eux; lui veut devenir meilleur il se sculpte, accepte de se lester du superlfu, taille l’exces, peaufine, polit. Il n’y a plus d’inertie, il ne se laisse pas aller, résiste au courant parce qu’il est sur son socle.

Et ainsi, chaque homme est une oeuvre, et chaque oeuvre est un exemplaire unique.

On naît seul sans qu’on nous l’ai demandé, on meurt seul sans qu’on nous l’ait demandé. Entretemps, on ne vit pas seul. Le but est de résoudre l’équation qui relie ces deux solitudes et comprendre que pendant l’espace de temps qu’on appelle vie (ou l’espace de vie qu’on appelle temps, c’est pareil!), on n’est plus seul mais que l’on ne doit pas forcément, pour cette raison,  perdre de vue ce qui fait de chacun un exemplaire unique.

Malheureusement, depuis des siècles et des siècles, tout a été travesti: Le sens commun (celui de la réalité de notre vécu quotidien, celui des systèmes religieux et économiques par exemple) a tout inversé: Il nous dit: « Tu n’es pas un exemplaire unique. Tu n’étais pas seul avant (d’où la création) et tu ne seras seul après (d’où le paradis ou l’enfer). Entretemps, tu dois vivre seul (malgré que nous vivons tous ensemble, mais nous vivons chacun de son côté, nous vivons tous étrangers l’un à l’autre), c’est pourquoi tu dois garantir ta survie: travailler, lutter, gagner (et peut être même voler, tuer, etc…).

De là,  s’est construite, dans notre monde moderne, ce que j’ai appelé « la société de l’ambition« : celle ou chacun s’efforce de se distinguer, de devenir unique.  Et dans cette société de l’ambition, « comprendre » a été remplacé par « juger » et  « excellence » par « ambition ».

Mon « aien aristeuein » est une compréhension sans jugement, une excellence sans ambition, une ambition sans objet!
Le malheur, c’est que c’est extraordinairement difficile et en même temps très simple. Ne voyez pas pas de contradiction: simple n’est pas le contraire de difficile.
Pour finir
Je pressens qu’un jour, il nous faudra nous taire! je pressens que la forme ultime de « perfectionnement » est ce dont ont parlé bien des gens: le silence! Pour l’instant, continuons à rôder autour de la périphérie; continuons à écrire et à parler!

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