Ah! Pauvre de toi qui n’aime pas son métier!

Mehdi Lamloum ( PinkLemon, un bloggueur tunisien qui fait bien ce qu’il fait) pense, en concluant son entretien avec Tuniscope, que ce qui sauvera la blogosphère tunisienne de son ronronnement quelquefois médiocre, c’est les blogs professionnels thématiques.

j’ai dû laisser un commentaire sous sa vidéo pour exprimer mon désaccord avec sa conclusion! et parce que le sujet me touche particulièrement, j’en rajoute une couche ici!

Voilà pourquoi:

je considère que je fais un métier stupide:  un métier de bureau en costume cravate, exécuté pendant huit heures par jour en position assise devant un écran d’ordinateur, consistant la plupart du temps à participer à des  réunions ou à écrire des mails, rapports et comptes rendus, formatés, quasi-inutiles et qui ne m’inspirent rien d’autre que la seule pensée qui suit:”c’est mon gagne pain”; C’est donc  un métier stupide:  juste un de ces nouveaux métiers de merde nés à cause de la foutue société de consommation. Une de ces professions contre-nature qu’on ne fait jamais par idéal.

Pourtant, je fais un truc socialement bien côté, exigeant, assez bien payé et où l’on utilise une novlangue franco-anglaise pleine de mots savants et où dans l’entreprise, nous sommes tous des “collaborateurs” (bien malgré nous d’ailleurs) assez hypocrites entre-nous (bien malgré nous aussi, la plupart des collègues étant des gens honnêtes mais hors bureau) et tous polis et bien habillés.

Loin de moi l’idée de cracher dans la soupe! je suis bien là où je suis; mais je suis juste assez lucide par rapport à ce que je fais dans ma vie! Disons qu’actuellement, je ne trouve pas mieux! Pour l’instant,  je fais partie de cette catégorie « de salariés, de cadres trentenaires, vaste armée démobilisée et sceptique attendant, sinon le Grand Soir, au moins le soir»; Comme beaucoup, je fais partie des« ni pauvres ni riches. Ni heureux ni malheureux. Ni soumis ni révoltés. Ni vils ni nobles. Ni pro-capitalistes ni anti-capitalistes.»

Aussi, et pour et revenir au blogging, je me vois vraiment mal, sortir du bureau; et sur mon blog (c’est à dire le seul espace dont j’ai la propriété, au sens propre), où je peux pousser mes coups de gueule, partager mes coups de coeur, raconter exactement ce qui me passe par la tête, parler de tout et de rien: de l’immortalité de l’âme à la sexualité des scarabées en passant par la démocratie et la liberté; avoir enfin, l’impression d’écrire quelque chose qui ait du sens (ou peut-être pas du tout, mais ce n’est pas ce qui compte);  je ne me vois donc pas écrire ne serait-ce qu’une demi ligne sur un sujet que je traite professionnellement!

Les trucs geek, les trucs “in” du moment: web, Communication, Google, et cie ou encore pour faire select: les influences andalouses dans la musique tunisienne !  Non! ça ne m’intéresse pas vraiment! Tiens! la mythologie grecque ? J’aime bien ces histoires (et l’Histoire en général) mais je ne vais pas en faire un blog tout de même!

J’écris pour me défouler, c’est tout!  J’écris sur des sujets sérieux et des fois je me prends au sérieux aussi! même quand je sais que ce j’écris ici n’a strictement aucune valeur. Il n’a de valeur que pour moi et n’est intéressant que pour moi (et quelques uns???). Et pourtant,  là est le secret! Car après tout, ce ne sont là que des mots… et les mots sont le sel de la langue.

Écoute, écoute  : j’ai encore
une chose à dire.
Ce n’est pas important, je sais, ça ne va pas
sauver le monde, ni changer
la vie de personne – mais qui
est aujourd’hui capable de sauver le monde
ou seulement de changer le sens
de la vie de quelqu’un ?
Écoute-moi, je ne serai pas long.
C’est peu de chose, comme la bruine
qui commence lentement à venir.
Ce sont trois, quatre mots, guère
davantage. Des mots que je veux te confier.
Pour que ne s’éteigne pas leur feu,
leur feu bref.
Des mots que j’ai beaucoup aimés,
que j’aimerai peut-être encore.
Ils sont la demeure,
le sel de la langue.

Eugenio de Andrade


Le déserteur

Service militaire ?? Pourquoi??
Et sacré en plus??
Nous sommes bien en temps de paix et y’a pas de danger de guerre imminent à ce que je sache!
C’est au cas où, ou quoi? 
Ou est ce pour prouver mon “patriotisme”??
D’abord, assurez moi que vous ne n’en voulez pas à mon salaire
Et peut-être que j’y réfléchirais

Boris Vian ne serait donc pas un bon “patriote” parce qu’il a écrit “le déserteur”?… et pourtant la France peut être fière d’une de ses belles plumes, d’ailleurs, je pense qu’elle est! 

“Le déserteur ” de Boris Vian :

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps

Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
 
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens

C’est pas pour vous fâcher
II faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m’en vais déserter

Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants

Ma mère a tant souffert
Qu’elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers

Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé

Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens  

Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir

S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer

“Sans toi, les émotions d’aujourd’hui ne seraient que les peaux mortes des émotions d’autrefois”

J’aime ce film : “Amélie Poulain“.
A chaque fois que je le finis, je me surprends à sourire niaisement . Et à chaque fois, je m’en vais dormir le cœur léger avec  “la valse d’Amélie” de Yann Tiersen comme berceuse.

j’aime particulièrement cette réplique:

“Sans toi, les émotions d’aujourd’hui ne seraient que les peaux mortes des émotions d’autrefois”

Pourtant… mes émotions sont anciennes. Des ruines, vestiges antiques d’un temps révolu ou mon jeune cœur trônait encore sur mon âme tel Darius régnant sur Persepolis et me prodiguait des émotions comme Darius prodiguait des largesses.

Car après… plus rien … Le roi-cœur était mort sur son trône comme Salomon était mort sur le sien!  J’étais comme les Djinns serviteurs de ce roi, occupé à travailler et  à  réussir “dans” la vie …et  je n’ai rien vu.

Mon cerveau (roi légitime ou roi usurpateur ???) avait d’ailleurs vite fait de reprendre les choses en main… et depuis, il gouverne tel Pharaon gouvernant  l’empire.

Malheureusement, Il y a quelque temps déjà que  je sais que Descartes avait commis une erreur de jugement*, et que sans émotions, il n’ y avait pas de Raison!

Alors quelque fois, grâce au sourire d’Amélie, j’échappe au diktat cérébral, je retourne  au monde perdu des émotions d’autrefois et  me laisse aller au  rêve de mes émotions futures.

Mon cœur ressuscitera-t-il tel Jésus ressuscitant sur la croix? Y’aura t-il un jour ou j’aurai des émotions d’aujourd’hui? Y’aura t-il un jour ou je pourrai dire à quelqu’un:

“Sans toi, les émotions d’aujourd’hui ne seraient que les peaux mortes des émotions d’autrefois”

Le perfectionnement individuel et l’idéal républicain

Ante scriptum: Ceci n’est pas un article politique sur les fondements politiques ou juridiques d’une république, mais un essai de synthèse entre deux sujets apparemment distincts mais qui  sont intrinsèquement indissociables: le perfectionnement individuel et l’idéal républicain. Cette synthèse se veut ainsi une alliance entre l’irréductible subjectivité de l’individu et son inaliénable liberté et l’obligation d’un civisme républicain prônant l’intérêt de tous et la possibilité d’un vivre-ensemble.

J’ai effectivement retrouvé au cours de mes pérégrinations  sur internet et dans diverses lectures que ces deux concepts constituent ensemble un champ de pensée important dans la philosophie politique américaine et française.

I/le perfectionnement individuel:
–le sujet est tellement vaste que je vais m’en tenir  à quelques aspects importants seulement–

Madame de Staël dit: «La destination de l’homme sur terre n’est pas le bonheur, mais le perfectionnement.»

Le perfectionnement est une éthique de vie.

Le mot “éthique” n’est pas à restreindre dans un sens moralisateur “religieux”: savoir apprécier le bien du mal, ou encore une sorte de philosophie compilatrice de principes académiques ; mais bien ce dont parlait Platon: faire l’effort de rechercher constamment la partie la plus excellente de nous-mêmes et qu’il faut mettre en accord avec l’harmonie du monde.
C’est un processus volontaire par un travail sur soi-même destiné à se transformer et  atteindre par la compréhension une perspective universelle, notamment grâce à la conscience du rapport au monde réel, ou grâce à la conscience du rapport avec l’humanité dans son ensemble, ce qui entraîne le devoir de tenir compte du bien commun.

Cette recherche se base sur une seule chose: savoir garder intacte sa capacité d’étonnement devant les choses du monde. Pour cela, il faut comprendre le monde tel qu’il est dans une logique du vécu,  du quotidien, du réel sans se laisser égarer par les préjugés idéologiques, le conditionnement social,  les jugements de valeur. Il s’agit selon le mot du penseur français Pierre Hadot de transfigurer philosophiquement son quotidien, c’est à dire être, en même temps, résolu dans son être intime à s’arracher du quotidien (dans son acceptation habituelle) et de le regarder et y vivre comme tout le monde d’une manière quasi-naïve (en fait c’est une seconde naïveté ( après celle de l’enfance) qui permet à celui qui est resté étonné  (dans ses deux sens positif ou négatif: émerveillé ou révolté) et s’est toujours posée des questions de désapprendre ce que la société a bien voulu lui apprendre pour pouvoir être pleinement conscient et libre dans ses jugements).

En résumé: il s’agit d’être libre, libre de toutes les illusions extérieures et intérieures,  pour pouvoir agir sur soi et devenir meilleur soi-même avant de devenir exemplaire pour les autres.

Il me faudrait  apporter un petit bémol a ce qui précède pour qu’il ne soit pas compris comme l’apologie d’un type d’homme supérieur qu’on s’efforcerait, chacun d’atteindre. Le perfectionnement est avant tout une intention, une obligation de moyens et non une obligation de résultats.  Car l’homme est par nature une volonté défaillante et un esprit inconstant; comme le disait si bien Montaigne : “C’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l’homme. Il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme…Chaque jour, une nouvelle fantaisie et se meuvent ainsi nos humeurs avec les mouvements du temps… Nous flottons entre divers avis, nous ne voulons rien librement, rien absolument, rien constamment.

Mais il ajoute aussi: « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition»

Avoir compris cela: la faiblesse de l’homme et en même temps sa liberté dans sa recherche de la perfectibilité,  permet à celui qui le veut de devenir un humain authentique.

Cette entreprise,aussi belle soit-elle, ne se déroule portant pas au ciel, elle se déroule bien ici et maintenant, Il lui faut donc bien un cadre dans lequel elle puisse se dérouler et une finalité qui la motive…

Qui offre ce cadre ? Qui offre cette finalité?

II/L’idéal républicain

L’idéal républicain est le cadre collectif de chaque entreprise individuelle de perfectionnement. Le cadre collectif n’est pas seulement un espace social de réalisation de projets individuels mais également un espace donateur de projets et d’orientations.

Une société qui n’offre aucun idéal, pouvant être considéré, par un individu donné, comme une finalité désirable par lui-même, quand bien même si cette société lui garantissait ses droits et la liberté de les exercer, prive cet individu de l’horizon ou cadre nécessaire à son accomplissement. Il est totalement désorienté et finira par se ranger dans la masse car il ne sait que faire de sa liberté. (et ceci à fortiori dans les sociétés non démocratiques comme la notre actuellement puisque celles là ne peuvent même garantir les conditions minimum de liberté et de garantie des droits nécessaires à  réalisation d’un quelconque projet personnel de perfectionnement)

Les sociétés modernes, même démocratiques, ont décontextualisé le contenu de l’existence individuelle de son cadre politique et désengagé ainsi l’individu de son lien social. La garantie abstraite des droits et des libertés sans une finalité qui donne de la substance d’un vécu individuel, ne suffit pas à créer une société meilleure. Tout au plus, elle crée une société d’égaux où  fatalement, tous finissent par devenir uniformes et régressent dans un mouvement inéluctable de nivellement par le bas (l’entropie est inévitable!!).

Et même s’il est vrai qu’une dynamique de liberté rime avec la volonté d’émanciper l’individu des destinées collectives voire totalitaires, il n’en demeure pas moins que la liberté ne rime pas avec un individualisme qui pense l’individu sous la forme d’un simple titulaire de droits car cet individu là ne peut faire usage de liberté sans un horizon finalisé où sa propre existence a un sens.  La démocratie est certes une condition nécessaire pour la réussite d’un tel projet individuel mais elle n’est pas suffisante. Elle doit être organisée de façon à donner aux individus qui composent la société d’accomplir leur potentialités personnelles.

La république  est le cadre idéal pour la réalisation  de cette entreprise. En enracinant en chacun le désir de devenir meilleur pour que la société dont il est membre devienne meilleure, lorsque l’individu s’approprie la politique de sa cité  –de l’échelle la plus locale qui fonde son vécu social et quotidien jusqu’à l’échelle la plus abstraite lié à la nation, à l’humanité– en s’améliorant lui-même et  fait ainsi coïncider son intérêt personnel et l’intérêt général, Cela s’appelle le civisme et prend pour forme institutionnelle la République !

Benjamin Constant disait :”Non, Messieurs, j’en atteste cette partie meilleure de notre nature, cette noble inquiétude qui nous poursuit et qui nous tourmente, cette ardeur d’étendre nos lumières et de développer nos facultés : ce n’est pas au bonheur seul, c’est au perfectionnement que notre destin nous appelle ; et la liberté politique est le plus puissant, le plus énergique moyen de perfectionnement que le Ciel nous ait donné.

Ainsi « l’affirmation d’une république tient moins à la nature des institutions qu’au développement de l’esprit public de chacun». Les institutions doivent trouver un moyen de consacrer l’influence de chacun sur la chose publique, encourager les individus à accomplir leur humanité au moyen du civisme sans recourir aux méthodes du volontarisme politique actuel qui ne peut produire qu’un patriotisme factice et abstrait.

Je finirais par cette citation de  Benjamin Constant qui définit le rôle de l’idéal républicain « L’œuvre du législateur n’est point complète quand il a seulement rendu le peuple tranquille. Lors même que ce peuple est content, il reste encore beaucoup à faire. Il faut que les institutions achèvent l’éducation morale des citoyens. En respectant leurs droits individuels en ménageant leur indépendance, en ne troublant point leurs occupations, elles doivent pourtant consacrer leur influence sur la chose publique, les appeler à concourir par leurs déterminations et par leurs suffrages à l’exercice du pouvoir, leur garantir un droit de contrôle et de surveillance par la manifestation de leurs opinions, et les formant de la sorte, par la pratique, à ces fonctions élevées, leur donner à la fois le désir et la faculté de s’en acquitter. »

La légende du Grand Inquisiteur de Dostoïevski

Dans le chapitre V de son roman: Les frères Karamazov, Dostoïevski imagine sur langue d’Ivan Karamazov; le frère athée révolté contre le silence de Dieu face au mal et à la souffrance des innocents; une superbe parabole: “la légende du grand inquisiteur”, pour décrire le dilemme des hommes face à la foi en Dieu.

Résumé de l’histoire:

l’histoire se déroule à Séville, à l’époque de l’Inquisition, et met en scène le retour de Jésus en cette période sombre de l’Histoire chrétienne quand  dans de superbes autodafés on brûlait d’affreux hérétiques. les gens le reconnaissent immédiatement et l’adorent. Toutefois, il est arrêté par les sbires du Grand Inquisiteur ( Le Grand Prêtre de l’Eglise) et condamné à mourir le lendemain au bûcher. Le Grand Inquisiteur le visite dans sa cellule et lui dit que l’Église n’a plus besoin de lui. La suite du récit relate les propos de l’inquisiteur expliquant à Jésus pourquoi son retour n’est pas le bienvenu et interférera avec la mission de l’Église.

L’inquisiteur formule son jugement autour des trois questions posées par Satan à Jésus durant la Tentation du christ dans le désert. Ces trois tentations sont : la tentation de changer les roches en pains, la tentation de sauter du Temple et se laisser attraper par des anges et la tentation de se proclamer Roi du Monde. L’inquisiteur argue que Jésus a rejeté ces trois tentations au nom de la liberté et que Jésus a mal jugé la nature humaine. Il pense que la grande majorité de l’humanité ne peut pas soutenir cette liberté que Jésus leur a donnée. Ainsi, l’inquisiteur suggère que Jésus, en leur donnant cette liberté, a exclu cette majorité de l’humanité de la rédemption, et l’a condamnée à souffrir.

Il n’existe que trois forces, seulement trois forces sur terre qui sont capables de vaincre et de s’emparer pour toujours de ces rebelles débiles, pour leur bonheur – ces forces, ce sont le miracle, le mystère et l’autorité.”:  car Les hommes ont besoin de trois choses:

- Se prosterner devant l’autorité : la vénération commune qui l’affranchit de l’insupportable liberté: “L’homme n’a pas de souci plus lancinant, plus douloureux que, resté libre, celui de se chercher, aussi vite que possible, quelqu’un devant qui se prosterner…Je Te dis qu’il n’est pas de souci plus torturant pour l’homme que de trouver quelqu’un à qui remettre, et le plus vite possible, cette liberté qu’il a reçue, cette liberté que cette malheureuse créature a reçue en naissant… l’homme préfère le repos, et même la mort, au libre choix dans la connaissance du bien et du mal? Il n’y a rien de plus tentant pour l’homme que la liberté de sa conscience, mais rien de plus douloureux

- S’émerveiller par le miracle et le mystère : ” A peine rejetait-il le miracle, c’est tout de suite Dieu qu’il rejetait, car l’homme cherche moins Dieu que les miracles [b]. Et puisque l’homme n’a pas la force de se passer de miracles, il se créera des miracles nouveaux, mais qui ne viendront plus que de lui seul, et il s’inclinera devant ceux des guérisseurs, des vieilles sorcières, quand bien même il serait mille fois rebelle, hérétique et athée..

- Appartenir à une organisation universelle : la réunion de l’humanité:  Or, Toi, déjà, Tu aurais pu le prendre, le glaive de César. Pourquoi as-Tu refusé ce dernier don? En acceptant le troisième conseil de cet esprit puissant, Tu aurais accompli tout ce que l’homme cherche sur terre, c’est-à-dire : avoir quelqu’un devant qui se prosterner, quelqu’un à qui remettre sa conscience, et trouver un moyen de se réunir enfin à tous les autres dans une fourmilière commune indiscutée, car le besoin de réunion universelle est la troisième et la dernière souffrance de l’être humain [c]. Depuis toujours, l’humanité dans son ensemble veut une échelle absolument mondiale pour s’organiser

En voulant leur donner la Liberté, Dieu a condamné les hommes; et cette liberté ils sont venus “humblement la déposer au pieds des inquisiteurs” pour que ceux-ci les affranchissent de cet insupportable fardeau trop larges pour leurs fragiles épaules.  Trop faibles, pour être libres et choisir seuls entre le bien et le mal, les hommes acceptent la servitude et l’aliénation qui leur est imposé par  toutes autorités politique, morale, religieuse ou économique  et finissent par les implorer : “Sauvez nous de nous mêmes“:  Nourrissez nous: (symbolisé par la tentation du pain) , Guérissez nous (symbolisé par la tentation du miracle de la chute), Protégez nous ( symbolisé par la tentation de la royauté).

Le grand inquisiteur oppose à Jésus un autre programme. Ce programme ne s’appuie pas sur la dignité de l’homme et n’exige pas le renoncement à toutes les grandeurs d’établissement, il se propose au contraire d’agir par le biais du miracle, du mystère et de l’autorité. Il s’agit d’infantiliser l’homme, de le déresponsabiliser, de lui faire perdre le sens du tragique de son existence et de la vie en général. Il se propose de berner les humains : « Ils mourront paisiblement, ils s’éteindront doucement en ton nom, et dans l’au-delà ils ne trouveront que la mort.  Dans la tombe, ils ne trouveront que la mort. Mais nous garderons le secret et, pour leur propre bonheur, nous leur ferons miroiter une récompense céleste, éternelle. Car même si quelque chose existe dans l’autre monde, ce n’est, bien sûr, pas pour des gens comme eux

La foi véritable n’est pas la servitude de l’homme qui se décharge de sa liberté dans le miracle, l’autorité ou le mystère pour que finalement s’apaise sa conscience troublée, elle n’est pas non plus l’orgueil de celui qui croit s’assumer seul sur Terre et qui croit ainsi défier l’absurde de son existence.  La foi véritable est liberté et dignité, dans un cœur libre, en n’ayant devant soi que Dieu pour seul guide.

visionnaires et visionnaires

Nous manquons cruellement d’hommes d’action visionnaires, pionniers, ayant des desseins lointains, capables d’orienter sur le très long terme,  capables d’infléchir la marche du groupe vers son but suprême même si ce but demeure invisible. Nous manquons cruellement aussi d’artistes et d’intellectuels visionnaires capables de voir dans nos âmes, de comprendre les contradictions qui nous agitent et de sonder les profondeurs d’un présent chaotique pour nous renseigner sur les traits de notre futur.

Ces visionnaires là sont malheureusement très très rares!

A la place, pullulent les visionnaires à la  “Raskolnikov” (et leurs partisans) :  des hommes qui se croient “extra-ordinaires” , qui croient avoir le droit de commettre toutes sortes de désordres et de crimes, comme s’ils seraient au dessus de la loi;  et  viennent exiger la destruction du présent au nom d’un avenir meilleur car leur fin justifie leurs moyens… En face d’eux, il n’y a que les hommes “ordinaires”  qui n’ont pas le droit de transgresser les lois, qui doivent être respectueux de l’ordre,  qui doivent vivent dans l’obéissance, car c’est leur devoir d’obéir. Ces “pauvres gens” ordinaires ne seraient que le matériau avec lequel les visionnaires “raskolnikoviens” réaliseraient leurs desseins.

Ces visionnaires là, il y’en a au moins un à chaque élection!


P.S
: “Raskolnikov” est le personnage principal du roman “Crime et Châtiment” de Dostoïevski, et qui avait dans ce livre une théorie sur l’existence sur terre d’une minorité d’hommes extraordinaires dont la morale doit dépasser la morale commune parce que leur destins doivent échapper à la condition commune des gens ordinaires.
“Crime et Châtiment” est un chef d’œuvre absolu de la littérature russe et mondiale écrit par un Dostoïevski vraiment visionnaire! Tellement visionnaire d’ailleurs que  je ne me retiens pas pour parler au prochain billet de “la légende du Grand Inquisiteur” : moment épique de  son autre chef d’œuvre : “les frères Karamazov“.

Quand la parité me dérange

Je précise d’emblée que la parité est un concept que je cautionne totalement;  je suis tout à fait pour l’égalité parfaite entre l’homme et la femme en droits en en devoirs… Mais il y a de moments où quelques manifestions de la parité ne me plaisent pas vraiment!

Je m’explique: la parité qui me dérange est celle affichée dernièrement par les médias officiels  entre Le président et… son épouse. J’ai effectivement remarqué ces derniers jours que le journal La Presse, par exemple, divisait sa Une –quasiment à parité– entre les “habituelles” activités présidentielles et les les activités “auxquelles il faut  dorénavant s’habituer” de l’épouse du président. Mais il n’y a pas que ce journal, tous les médias officiels consacrent depuis un moment une chronique régulière aux activités de l’épouse du président.

Je ne vois pas en quoi des “activités” associatives, de charité, pour les handicapés, pour la femme arabe, etc méritent une cette parité de traitement médiatique avec les activités de l’État; et je ne comprends pas qu’elles aient un traitement meilleur que celles de milliers d’autres associations tout aussi actives et présentes sur le terrain. Je ne connais  par ailleurs aucune structure étatique ou fonction publique qui s’appellerait “épouse du président” et dont les activités doivent être couverte par les médias : serait-ce une nouvelle fonction publique ça: la “présidente” des femmes et des personnes “à besoins spécifiques”? ou  est ce qu’il y a message subliminal à faire passer ?

Et même si c’est pour nous dire que nous nous occupons des femmes en Tunisie; et bien, dans ce cas là, je ne veux voir sur La Presse que la photo du président qui reçoit la ministre “des affaires des Femmes”!!

Alors, en conclusion, il me semble que quand la parité se manifeste par une parité entre le président (représentant de l’État) et son épouse (aucune relation avec l’État) sur la une de la presse, ça dérange réellement !!

l’argent et le sexe

Un ami chômeur me raconte sa journée:

le dos au mur
la tête baissée
les pieds croisés
les yeux dans le vide
les mains dans les poches
le corps immobile
l’âme vagabonde
le temps passe

Je lui raconte la mienne au travail:

le dos sur la chaise
la tête baissée
les pieds croisés
les yeux dans l’écran
les mains sur le clavier
le corps immobile
l’âme vagabonde
le temps passe

Il n’y a pas comme vous le remarquez beaucoup de différence; la seule peut-être est que je suis payé, lui ne l’est pas. Est ce suffisant pour dire que nos journées sont différentes?

Un ami marié me raconte sa soirée:

je vais au café
j’achète le pain
je rentre à la maison
je prends un souper
je regarde les infos
je consulte mes mails
Je me couche

Je lui raconte la mienne:

Je vais au café
j’achète un sandwich
je rentre à la maison
je mange mon sandwich
je navigue sur internet
je consulte mes mails
je me couche

Là égalment, comme vous le remarquez, il n’ y a pas beaucoup de différences; la seule peut-être est que lui couche avec sa femme, moi pas. Est ce suffisant pour dire que nos soirées sont différentes?

Voilà! vu de cet angle –c’est à dire une description réaliste du quotidien de millers, que dis-je de millions d’individus– ce qui fait la différence entre une vie et une autre, c’est toujours des petits riens; mais des petits riens de taille: l’argent et le sexe. Et on nous dit qu’ils ne font pas le bonheur!! Eh bien, le moins que l’on puisse dire c’est que : Le bonheur c’est  beaucoup de petits riens !

Vous pouvez naturellement me dire qu’il y a la poésie, la musique, l’amour, la nature, la lecture et tout le reste…mais là on sort du domaine de la description réaliste du quotidien pour entrer dans le domaine de  l’esthétisation artistique du monde…. mais n’est pas artiste qui veut… alors pour les autres, il reste les petits riens essentiels: l’argent et le sexe!

Gratitude…bien ordonnée

Juste pour me rappeler à moi-même que de temps en temps, un peu de gratitude… bien ordonnée ne fait pas de mal .. et  pour rendre ainsi grâce à Dieu:

je suis en bonne santé
je marche sur mes deux jambes
je vois avec mes deux yeux
j’entends avec mes deux oreilles
ma famille est heureuse et en bonne santé
je sais lire et écrire
je dors  bien et au chaud
j’ai de l’argent en banque, une voiture et un travail
j’ai déjà aimé et été aimé
le soleil se lève encore sur mes journées
jusque là,  je ne me rappelle pas avoir fait mal à quelqu’un
j’arrive à oublier beaucoup de choses
le monde ne tourne pas autour de moi
je vis en temps de paix dans un beau pays
…la liste est encore très longue

Si ceci vous semble banal;  banal parce que nous sommes assez nombreux à pouvoir dire la même chose;  et que par nature ce qui est nombreux n’est pas exceptionnel…

Le négatif  (comme en photo) de cette liste sera certainement plus parlant  et nous fera comprendre combien nous sommes chanceux, exceptionnellement chanceux:

Grâce à Dieu:

J’ai évité la maladie
J’ai évité la paralysie
J’ai évité la cécité
J’ai évité la surdité
j’ai évité les malheurs familiaux
j’ai évité illettrisme et l’ignorance
j’ai évité l’insomnie
j’ai évité le chômage et la pauvreté
j’ai évité  l’indifférence
j’ai évité l’obscurité
j’ai évité la haine
j’ai évité la folie
j’ai évité la guerre
… j’ai évité que la liste soit courte

interrogations écosceptiques

Voici un bon moment que je veux parler de ce sujet! et le sommet de l’ONU consacré au changement climatique  qui se tient à Copenhague dans quelques jours, m’en donne l’occasion!

Tout le monde a sans doute entendu parler du réchauffement climatique, des gazs à effets de serre, de l’élévation des niveau des mers, etc… mais je me demande : ça va nous tomber dessus quand toute cette histoire? Et de toutes façons, qu’est ce qu’on pourrait y faire?… parce que la banquise du pôle nord, ce n’est pas… comment dire? ce n’est pas vraiment le premier de mes soucis…

Le discours écologique, qui me semble encore  bien naïf, a trop foi dans l’Homme et sa “légendaire” sagesse! moi, je n’y crois pas.  Je ne crois pas que ce sont les pays riches qui vont payer la facture! et Je ne vois pas comment les pays pauvres, les petits pays (comme nous en Tunisie) pourraient influer sur eux. Et si vous me dites : et le sort des pauvres  africains alors? Je vous dis:  ils s’en balancent!!!
En plus , tous ces “petits” pays ont d’autres priorités de développement! et c’est tout à fait légitime. La Tunisie ne veut-elle pas devenir un pays avancé? c’est bien ça, non? Et je n’ai pas eu l’impression qu’il s’agissait d’un objectif écologique!!

Tiens! en parlant de Tunisie; Qu’est ce qu’on peut faire, nous en Tunisie, pour éviter le réchauffement climatique s’il s’avère vrai?  Eh bien, strictement rien!! On n’aura qu’à subir.  Pour l’instant, on doit se préparer à augmenter  significativement nos réserves nationales en eau, voilà la seule chose,  raisonnable et sensée, écologiquement parlant,  sur laquelle on doit se concentrer! On pourrait aussi profiter de l’occasion pour se lancer sur le business des énergies renouvelables… Mais je ne vois comment on pourrait battre les pays avancés–encore eux!!– en termes de technologie.

Pour le sommet de Copenhague,  les infos ne cessent de nous  rappeler la nature “cruciale” d’un accord entre les pays les plus pollueurs pour la réductions des émissions de gaz à effets de serre! Les USA, la Chine, l’U.E, l’Inde, Le Brésil, etc..  arrivent, chacun,  avec sa feuille de route et des objectifs chiffrés, et tout le monde espère que le sommet finira par accoucher d’un accord fort et contraignant pour ces pays pollueurs.

Mais ce n’est près d’arriver de sitôt… Bourguiba,  lorsqu’il avait entendu parler des accords d’Oslo conclus par les palestiniens en 1993, avait dit: “Trop peu. Trop tard!” C’est exactement ce qui me vient à l’esprit lorsque j’entends parler de ce genre de sommets écologiques.

Eh oui! le “syndrome du Titanic” va décidément encore frapper!  Je suis presque sur qu’on aura plutôt tendance à croire que l’homme est indestructible comme les passagers du “Titanic” avaient cru leur paquebot insubmersible…

Pour l’instant, mon sentiment est que le réchauffement climatique, c’est un peu comme les OVNI: tout le monde on a entendu parler, personne  ne les a jamais encore vu! Et en bon écosceptique, je reste persuadé que la plupart des problèmes écologiques du monde ne sont pas des problèmes de CO2 (Le CO2 c’est un problèmes de riches), mais bien des problèmes de développement humain, économique et social dans les pays pauvres.

De toutes les façons, on a dit-on encore un bon siècle devant nous! D’ici là beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts!  –malheureusement, cette précieuse eau, elle risque pas de couler chez nous–  : (

Juste une dernière question? On y va, nous, à Copenhague?  Qui va se taper quelques jours de “tourisme” au Danemark:  le président lui-même ou le ministre de l’environnement? Je dis  “tourisme” parce que sinon, je ne vois pas ce qu’il irait faire à ce sommet..

Invictus

Quand la vie vous joue des tours, quand le moral est au plus bas, quand  vous avez besoin d’être réconforté et ragaillardi, vous avez le choix  entre deux solutions:

  • la version Beigbeder:

Répétez souvent ces trois phrases :
le bonheur n’existe pas. L’amour est impossible. Rien n’est grave
.”

  • La version Henley:

Répétez souvent ces deux phrases:
“Je suis le maître de mon destin. Je suis le capitaine de mon âme”


Même si la version Beigbeder n’est pas mal du tout, je ne résiste pas à la tentation de partager avec vous l’intégralité du poème Invictus (invincible) du poète britannique  William Ernest Henley:

Out of the night that covers me,
Black as the Pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds, and shall find, me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate
I am the captain of my soul

Les causes du blocage de la société tunisienne (3): la cause sociale

Dernière étape du diagnostic!

La dernière cause du blocage de la société tunisienne est le blocage social. Après la cause politique: L’inefficacité d’un État tentaculaire au mains d’un seul pouvoir; après la cause économique : la fragilité d’une économie en manque de capacités intrinsèques de croissance; Il reste la troisième raison qui est la cause sociale: Nos structures sociales- voire mentales – sont encore rigides, conservatrices et archaïques et n’assurent pas le dynamisme nécessaire au changement des mentalités.

La Tunisie qu’on le veuille ou non, est un pays de castes sociales et non de classes sociales, la mobilité sociale est encore très insuffisante. la classe moyenne est en gestation mais elle est encore loin d’être structurellement durable. Il existe encore des écarts de revenus excessifs et des parcours scolaires et professionnels très différenciés entre divers groupes de la population selon l’appartenance à une certaine catégorie sociale. Cet état de fait maintient des cloisons anachroniques entre régions, entre groupes sociaux et alimente entre eux les préjugés les plus dangereux.

L’identité nationale tunisienne malgré le cap de la “TUNISIANITE”  édicté par Bourguiba dès l’indépendance, est encore en proie à certaines forces rétrogrades. La tergiversation entre un arrimage définitif à la modernité occidentale (liberté, laïcité, démocratie, rationalité scientifique…), un “retour” aux sources arabo-islamiques (morale, conservatisme religieux, préservation de la cohésion familiale et sociale,…) et une redécouverte des origines amazigh, carthaginoise et romaine de la Tunisie (fierté, authenticité, …) est assez flagrant pour quiconque sonde la rue tunisienne. Étant donné les inconvénients patents des deux principaux modèles, Les tunisiens hésitent et s’essaient à la conciliation mais cette conciliation s’avère  très difficile à réaliser, et en pratique, selon les circonstances et l’actualité du monde, c’est l’un ou l’autre des deux caps qui prévaut.

La société tunisienne est encore une société patriarcale, masculine ou la parité Homme/Femme n’est pas encore entrée dans les mœurs et encore moins dans les têtes, malgré le changement des réalités : les femmes étudient, travaillent et sont parfois (souvent?) meilleures que les hommes et malgré la position et la condition féminine assez privilégiée des femmes tunisiennes par rapport à l’environnement régional; il est évident qu’Un deuxième âge de l’émancipation de la femme tunisienne s’impose. et d’urgence!

Les valeurs du vivre ensemble: Le respect mutuel, la liberté individuelle, le civisme, l’égalité, la générosité: en tant que grands principes de base du comportement de l’individu dans son environnement familial, professionnel ou dans la rue ne se sont pas encore suffisamment imprégnées dans les mentalités des citoyens “Lambda”. Malgré tout, le Tunisien reste un Homme/Femme des plus tolérants, accueillants et ouvert de la planète.

Pourquoi le changement est-il difficile?
Pourquoi l’évolution ds mentalités est-elle si problématique?

Il ne faut pas sous-estimer l’importance des forces de résistance au changement. En chacun des Tunisiens sommeille un conservateur réactionnaire hostile à tout changement, et c’est naturel et d’autant plus justifié que nous avons de très bonnes choses à conserver!

mais le temps de permettre la rupture historique est venu!Après avoir retardé les échéances et les mutations, nous sommes face à une multitude de challenges: basculement générationnel, bouleversement technologique, urbanisation, et maintenant compétition internationale pleine et entière. Comme disait Kemal Ataturk “Chaque génération en phase d’opacité a une mission à découvrir. Libre à elle de l’accomplir ou de la trahir”. Cette fois, nous n’avons pas le droit à l’erreur!!

Voilà j’en ai fini avec le diagnostic des causes du blocages de la société tunisienne! Il y manque certainement beaucoup mais ce n’est qu’une tentative sujette à correction et à développement… d’une critique qui s’est voulue objective et raisonnable.

Après le diagnostic, les solutions?

les causes du blocage de la société tunisienne (2): la cause économique

je poursuis avec ma petite analyse des causes du blocage de la société tunisienne.

Après la première raison qui est l’omnipotence d’un État tentaculaire aux mains d’un seul pouvoir,  qui met de fait l’ensemble de la société tunisienne sous sa tutelle,  la deuxième raison de blocage est la fragilité de l’économie
nationale;  je n’entends pas par fragilité, une  incapacité à résister à une crise mondiale mais l’incapacité à  créer de la richesse et de la prospérité à des niveaux suffisants pour passer à un palier supérieur.

Or il est illusoire de penser que nous puissions réaliser nos ambitions et devenir un pays avancé, y compris politiquement parlant, sans réelle prospérité économique.

Certes, en 50 ans, les niveaux de vie, les revenus et les standards de développement humain se sont améliorés, surtout en comparaison avec l’environnement régional; surtout également lorsqu’on sait que cela a été fait sans ressources minérales et sans endettement excessif; mais cela reste largement insuffisant.
Des pans entiers de la population ressentent légitimement qu’ils sont exclus de cette relative prospérité. La preuve la plus éclatante reste le chômage structurel de plusieurs dizaines de milliers de diplômés, les écarts de revenus sans cesse grandissants entre classes sociales et entre régions du pays et une tendance inflationniste qui menace de précarisation et d’effritement du pouvoir d’achat une large part de la classe moyenne.

Pourquoi donc cette fragilité?

Avant tout à cause de l’insuffisance de notre industrie; j’utilise le terme: industrie, en son sens général: c’est à dire: processus d’industrialisation.  Je ne le restreins pas à une industrie en particulier;  j’y inclus effectivement tout : des  industries de fabrication aux  nouvelles industries du savoir;  mais il nous manque encore les capacités d’industrialisation qui désigne la possibilités de transfert d’un processus de création de l’offre à un processus de réalisation extensive de l’offre.

La part de l’industrie dans notre production est trop réduite; les industries du passé sont hypertrophiées, la rentabilité immédiate des industries de pointe est souvent faible, l’insuffisance est patente en ce qui concerne l’essentiel,
c’est à dire les industries tournées vers le présent. Pour celles-ci, nous nous sommes tournés vers l’extérieur.

En effet et dans une large mesure, notre modèle est basé sur l’Extérieur: Nouvelles technologies, Tourisme, industries et services divers (textiles, composantes automobiles, câblage, centre d’appels, électronique, TIC )… IDE… tout ce qui fait la dynamique économique de la Tunisie est lié au bon vouloir d’un client, d’un acheteur, d’un touriste, d’un investisseur…étranger! Tous appâtés par une fiscalité attrayante,  des prix bradés ou un bas coût de main d’œuvre.

Nous n’avons pas garanti ainsi notre indépendance nationale, et de la dépendance économique, il n’y a qu’un pas à la subordination politique.

Nous ne pouvons plus continuer comme ça! Après cette année les choses vont se resserrer. Et cela deviendra  problématique encore plus lorsqu’on sait que nous avons maintenant l’appétit de consommation d’un pays avancé
alors que nous n’avons pas en contrepartie la base industrielle nécessaire.

Qu’en est-il des interventions de l’État?

Les plans d’aides, de mise à niveau, de sauvegarde de l’emploi vont non pas à des activités d’avenir, ni à des opérations de reconversion, mais au soutien d’activités du passée devenues non rentables ou qui le deviendront dans peu d’années. Ce sont en fin de compte, des milliards perdus. Car au delà de protection des emplois actuels, c’est de l’argent qui ne rapportera pas de la richesse aux générations futures.

Les mécanismes d’aides à la création d’entreprises (y compris pour  les secteurs innovants) sont inefficaces car trop morcelées, d’un volume trop faible et totalement déstructurées, et les entreprises à structure quasi-artisanale qui en résultent (ceci quand elles peuvent survivre) ne peuvent pas être compétitives. Donc là aussi des milliards perdus car inutilement investis.

L’État continue par ailleurs, à faire les yeux doux aux investisseurs étrangers, à penser à faciliter la réglementation et accroitre l’attractivité fiscale de la Tunisie et à diversifier les débouchés commerciaux. Tout cela est louable mais ce n’est pas innovant: c’est reconduire à l’identique la voie qui nous a menés jusqu’aujourd’hui.

La solution?

à mon humble avis: Il faut une stratégie beaucoup plus volontariste pour accroître les capacités industrielles nationales dans tout les secteurs. C’est la seule solution pour créer une prospérité qui nous manque encore; et ce  sans être à la merci du bon vouloir des investissements étrangers.

plus concrètement, il s’agit de créer des pôles industriels, technologiques, agricoles ou l’État peut être amorceur ou actionnaire,  favoriser l’émergence de champions nationaux capables de s’internationaliser, encourager les fusions et les regroupements, faciliter le développement  des groupements d’intérêt économique, créer des complexes industriels à côtés des technopoles technologiques, promouvoir au niveau national le plus possible d’entreprises moyennes dynamiques, allouer des crédits d’aides à la R&D (recherche et développement) dans les entreprises et les aider dans pour l’industrialisation des innovations.

Les causes du blocage de la socité tunisienne(1): la cause politique

Le malaise ou inquiétude, ou mieux cette sorte de fébrilité et manque d’assurance de nous autres tunisiens provient du fait que nous vivons dans une société plus ou moins bloquée.

Naturellement, Y’en a quelque uns  qui ne croient pas au malaise, ce sont les enthousiastes, ceux qui sont tout excités à “vouloir relever les défis” (pfff!!); et quelques autres qui également ne croient pas au malaise mais pensent que la Tunisie n’est pas seulement bloquée mais est sur le bord du gouffre et de la destruction (Re-pfff!!).  Mon propos ne s’adresse ni aux premiers ni aux deuxièmes.

Le blocage de cette société est la résultante de plusieurs raisons: une des raisons essentielles est l’omnipotence de l’État, mais, il y a également deux autres:  d’une part une économie encore  fragile et incapable de résoudre le problème du chômage et  améliorer réellement  les niveaux de vie des citoyens;  et d’autre part : des structures mentales (identitaires, sociales et culturelles) encore trop rigides et archaïques pour assurer le dynamisme nécessaire au changement des mentalités.

Je ne m’intéresserai dans ce qui suit qu’à la première raison: L’inefficacité d’un État omnipotent.

Le fonctionnement défectueux de l’État est le résultats de son pouvoir tentaculaire. Tentaculaire et en même temps inefficace: voilà ce qu’est l’État, et cela en dépit de l’existence de fonctionnaires, très généralement compétents et parfois remarquables.

Tentaculaire, car, par l’extension indéfinie de ses responsabilités, il a peu à peu mis en tutelle la société tunisienne tout entière: services public, économie, industrie, banque, école, recherche scientifique, santé, social, infrastructure, collectivités territoriales, justice, médias, culture, Presse, technologies,transport… Tout doit émaner de l’État, Tout est sous contrôle de l’État… Tout revient à l’État…

Cet état de fait, notre société l’a réclamée. Depuis 50 ans, l’État est la providence. Il n’est presque aucune secteur, profession, catégorie sociale, région qui n’ait réclamé ou exigé de lui revenu, protection, subvention, service ou réglementation.

Mais, si l’État, ainsi sollicité, a constamment étendu son emprise, son efficacité est restée, avec ou plus ou moins de succès, limitée car souvent les modalités de ses interventions ne lui permettent pas d’atteindre ses buts: l’investissement, l’administration, la planification, le contrôle, la supervision, la réglementation ou la répression,  ne peuvent pas être suffisants pour changer un pays ou le faire passer d’un stade à un autre; ils peuvent suffire pour le gérer conjoncturellement, pour faire tourner la machine mais sont foncièrement insuffisants pour hisser le pays à un palier supérieur!!

Le résultat de tout cela ?

Une société qui n’existe que par rapport à l’État:

–> un seul pouvoir politique s’accapare toutes les prérogatives d’un État tentaculaire et de ce fait met la main sur l’ensemble de la société tunisienne et devient monarque de fait!  Pour ce faire, il présente un programme englobant tout les aspects de la société! Et donc irréalisable.  Il n’a aucune  couleur politique (malgré le rouge des écharpes et le mauve du décorum), elle reste indéfinie: social? libéral? démocrate? autoritaire? droite? gauche? Il vous répondra tout à la fois! Donc  à l’image de l’État qu’il entend incarner..

–> Des partenaires sociaux (forces économiques, investisseurs privés, fédérations salariales, corps de métiers, syndicats et patronats) totalement absents, qui au lieu de négocier entre eux, ne se définissent que par rapport à l’État,  à leur adhésion à ses programmes  et donc ce fait à leur proximité du pouvoir en place et leur degré de loyauté envers lui.

–> une société civile qui au lieu d’interagir avec un État et de proposer des perspectives pour le pays, n’interagit, du fait de la confusion; qu’avec un pouvoir et s’inscrit dans des logiques extrêmes soit d’alignement soit d’opposition. En effet, cette situation entretient l’extrémisme des idéologies. On préfère ainsi et trop souvent se battre pour des mots, même s’ils recouvrent des échecs, plutôt que pour des réalités.

Et il faut attendre un semblant de révolution pour voir la société évoluer;  Car au dialogue social ou politique véritable, se substitue trop souvent un appel à la providence de l’État, ou une confrontation frontale avec l’État (et donc le pouvoir) qui saute sur l’occasion et ne fait que renforcer encore plus son emprise sur la vie collective.

–> un peuple (et surtout une jeunesse) démobilisé, dépolitisé, indifférent, irresponsable qui attend tout de l’État et donc du pouvoir!

la part du colibri

L’être humain est petit et faible! sa vue est tellement courte et sa condition tellement mortelle est qu’il a hâte à en tirer la conclusion suivante:  ma vie est absurde et insignifiante et elle ne vaux que par les quelques moments de joie que je pourrais en tirer!

mais la vie de l’homme est-elle son œuvre? Quelque soit l’explication; on s’accordera tous au fait que la vie, celle que nous recevons à la naissance, n’est pas de notre œuvre! celle que nous transmettons à nos enfants, ne l’est pas non plus! l’homme ne fait que transmettre! Ne nous sommes que maillons dans une chaîne. Et par la chaîne ininterrompue de l’humain, l’œuvre se déploie! l’œuvre (que chacun estime sienne) a commencé bien avant nous et finira bien après nous!;

Mais celui qui ne voit pas son œuvre, celui dont la mesure est si courte comment peut-il juger d’une œuvre qui le dépasse?

Que ne nous voyons de l’œuvre que ce que nous permettent nos courtes existences (en terme de durée), ne nous autorise pas à juger de l’œuvre de la création et de l’absolu mystère de la vie.

Une petite légende amérindienne racontée par l’écologiste français Pierre Rabhi est très instructive à cet égard:« Un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit « Colibri ! Tu n’es pas fou ! Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? ! » Le colibri lui répondit alors : « Je le sais, mais je fais ma part ».

Nous sommes tous des colibris! Que chacun fasse sa part; et qu’il s’en aille, la paix sur lui!

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